Bienvenue sur world-blogueur.com ! Ce blog rassemble les récits et photos de mes périples et expériences près d'ici ou à travers le monde. Des voyages à vélo, en bus, en train, sac à dos, en fourgon, en famille, en montagne ou tout au nord... Consultez également ma bibliothèque qui rassemble mes comptes-rendus de lecture, et inscrivez-vous à la newsletter afin d'être informé des dernières mises à jour. Bonne route...

samedi 24 décembre 2005

Montagne - Ascension du Puy de Cliergue - Massif Central

Une montée en pente douce offrant des vues panoramiques sur le domaine skiable du Mont Dore et le Puy de Sancy.  

Quelques mots

Date: 21 décembre 2005
Avec: Gatien
 
Petites montagnes skis aux pieds, sur une neige glacée...

Description de l'itinéraire

Cartographie
 IGN 2432 ET
Région
Massif central
Voie
N
Type d'escalade
neige
Altitude de départ
1050m
Dénivellation
650 m
Orientation
N
Inclinaison max
30°
Cotation ski  
S2
Cotation globale  
F
Cotation engagement  
I
Matériel
 Matériel de ski  ( + couteaux ) + crampons éventuellement.
Logement
/
Accès
Village du Mont Dore

Montée

Du village du Mont Dore ( et non la station ) rejoindre l'Hôtel des sapins et gagner le salon du Capucin ( départ des pistes de ski de fond. Remonter ses pistes et passer à droite du Capucin. En sortant de la forêt,  poursuivre en pente douce le long de la crête et rejoindre la pente évidente plein nord. Arrivé au replat, 1O minutes sont nécessaires pour atteindre le sommet.

Descente

Itinéraire complètement glacé ( glace bleue dès la sortie du bois )
Possibilité de continuer pour rejoindre le Puy Redon.




vendredi 19 août 2005

Bibliothèque - Récit de montagne: Les conquérants de l'inutile

Les conquérants de l'inutile de Lionel Terray
Prix indicatif: 22.00 € - Cliquez sur l'image pour l'acheter


Mon avis sur ce livre


Des sommets des Alpes aux expéditions lointaines, récit d'une (courte) vie d'alpinisme de haut vol.
Lionel Terray était certainement l'un des meilleurs alpinistes d'après-guerre. Dans "les conquérants de l'inutile", il raconte avec fraicheur, simplicité et humilité ses ascensions alpines et ses voyages lointains. Il y décrit avec clarté les rouages des premières expéditions en Himalaya et les relations qui y unissent les hommes. Il raconte également comment ces aventures rencontraient l'intérêt formidable de la population française, dans les années 60. Le récit peut-être également lu comme une petite histoire de la conquête des sommets en France et dans les grands massifs du Monde.

mardi 16 août 2005

Bolivie - Chili, aux pays des superlatifs (1/3)

Retour en Amérique du sud, cette fois-ci avec ma petite femme… Pourtant les troubles sociaux au mois d’avril 2005 entachent le tableau idyllique que nous nous faisons de la Bolivie, grand et haut pays, pauvre aussi mais qui dévoile à celui qui donne de sa personne, des richesses aussi inestimées qu’inattendues… Pays aux multiples superlatifs ; plus pauvre d’Amérique du Sud, plus haute capitale, plus haute ville du monde, plus grandes étendues plates, plus grandes réserves de sels … Un passage au Chili où nous parcourons le désert le plus aride du monde…


14/07/2005

22h30, départ avec ma petite femme pour La Paz, via San Paolo et Santa Cruz. Les feux d’artifice du 14 juillet nous accompagnent.

15/07/2005

05h00, heure locale, arrivée à Sao Paolo de nuit, l’avion a du retard, nous y patienterons cinq heures.  Nous quittons le Brésil, puis après une courte escale a Santa Cruz, les montagnes se dessinent, l’altiplano se devine, nous approchons de La Paz. Quelques bâtiments, des milliers de bâtiments sur l’altiplano et d’un coup, une faille, une rupture, une vallée immense qui déborde,  bienvenue à La Paz.  L’avion passe au dessus de ce canyon, surplombe cette immense ville qui est également la plus haute capitale du monde, entame un demi-tour et vient lécher les toits des derniers bâtiments. C’est extraordinaire !  Nous atterrissons dans  l’aéroport le plus haut du monde (4100 mètres d'altitude), les sacs arrivent, nous hélons un taxi direction centre ville. 4100 mètres, brutalement, sans adaptation préalable, l’organisme le ressent. C’est quelque peu hébétés que nous nous engageons dans cette immense vallée, nous découvrons petit à petit cette ville tentaculaire.





Nous arrivons à l’hôtel à 3700 mètres, sieste et réveil vaseux, migraineux…
Il faut boire de l’eau, beaucoup d’eau !

16/07/2005

Réveil 7h00, nous prenons le petit déjeuner avant d’aller tâter la température extérieure. Il est 8h00 du matin, nous nous dirigeons vers l’Église San Francisco. Il y a beaucoup de monde, ce tumulte si particulier, les odeurs fortes,  les sons, je retrouve avec émotion toute cette atmosphère que j’avais connu trois ans auparavant au Pérou. Certains gisent à même le sol, certains sont ivres, d’autres semblent drogués… Trop d’émotions pour ma petite puce. Nous nous engageons sur le Prado, l’artère centrale de La Paz. Nous arrivons en redescendant l’avenue, dans les quartiers chics, plus aérés.


Nous marchons une bonne heure, retournons à l’hôtel, dormons deux heures puis déjeunons. Dans l’après-midi, nous nous rendons en taxi dans les beaux quartiers, au siège de Terra Andina où Olivier, un français expatrié nous informe et nous conseille sur ce que nous allons voir. Nous avons réservé par son biais un 4x4 pour traverser le Sud Lipez jusqu’au Chili.  Nous déambulons par la suite 1h30 dans les marchés bruyants et colorés dans le quartier de la Callé Sagarnaga. Pommes de terres, oranges, viandes et même poissons gisent à même le sol, de grosses dames en jupes, arborent foulard coloré et chapeau melon, attendent le client en conversant.
Nous retournons à l’hôtel, réservons le bus pour Copacabana pour le lendemain, sur les bords du lac Titicaca, dînons et nous couchons.

17/07/2005

Lever 06h00, le bus vient nous chercher à 06h30, il arrivera à 07h30 ( heure Bolivienne…).  Anne Gaëlle a oublié ses lunettes dans la chambre, je demande au chauffeur de m’attendre une minute, il refuse, j’insiste, j’implore, je cours, remonte la calle Sagarnaga, monte les marches quatre à quatre, demande les clés, retrouve les lunettes, jette les clés sur le comptoir de l’accueil, je retourne au bus au pas de course, nous partons. Trente minutes pour récupérer, un sprint à 3700 mètres d’altitude laisse des marques…   Après quelques arrêts pour prendre des voyageurs, la route s’élève, nous quittons le centre de La Paz, les maisons se délabrent. Nous sommes à El Alto, un ancien quartier de La Paz qui a son indépendance depuis quelques années. C’est une immense ville perchée à 4100 mètres d’altitude, tout y est délabré, tout y est tumulte et brouillon. El Alto concentre les exclus et les pauvres gens. Il s’y installent à 4100 mètres, repoussant constamment les limites tentaculaires de La Paz. La Paz déborde, El Alto s’accroît.  Après deux heures de traversée sur une route pourrie, nous prenons à gauche dans un village, une piste que je pensais temporaire… Nous traversons des hameaux coupés du monde, les hommes y ont construit des maisons avec les moyens du bord, des maisons avec ou sans toit, avec ou sans vitre.
Deux heures de piste chaotique puis nous apercevons enfin le Lac Titicaca . Anne Gaëlle ne se sent pas bien, moi, ce n’est pas non plus la grande forme… Enfin une route bitumée, une heure plus tard, nous sommes à San Pedro de Tiquina, sur les rives du lac.. Beaucoup de vent, des perspectives infinies, des vagues, nous avons l’impression d’être au bord de la mer. Le bus embarque sur un bac, fait de planches disjointes et vermoulues, on nous fait comprendre qu’il ne faut pas rester dans le bus. Nous embarquons sur une navette qui arbore le même plancher.  Nous traversons, reprenons le bus, puis une magnifique route perchée à 4200 mètres d’altitude nous offre des vues extraordinaires sur le Lac et nous mène  à Copacabana, petite bourgade portuaire et animée. 



L’hôtel : 6 euros la chambre double avec wc et douche chaude, télévision, vue sur le lac et petit déjeuner inclus ! Nous déjeunons, Anne Gaëlle essaie tout du moins, il lui est très difficile de manger depuis trois jours : les odeurs, l’altitude, le choc émotionnel… Nous allons nous promener sur la seule plage de Bolivie, balayée par les vents, nous sommes exténués. Une petite visite des rues animées et de la cathédrale de Copacabana. Elles est démesurément grande au vu de la taille de cette ville, d’un blanc éclatant, et une architecture de style mauresque d’une beauté déconcertante.
Une curieuse parade a lieu devant le parvis, au milieu des échoppes vendant toutes sortes de produits dérivés à la gloire de Jésus, la bénédiction des voitures. Lorsque l’on observe leur façon de conduire, cette bénédiction ne semble pas inutile. Nous traversons les marchés, observons les va-et-vient dans les parcs, dînons, pas d’eau chaude, donc pas de douche et nous allons nous coucher alors que règne dans la chambre, un froid glacial.



18/07/2005

Lever 07h00, petit déjeuner et petite marche pour se mettre en forme. Notre objectif, le Cerro Calveiro, petite colline sacrée qui domine de ses 3966 mètres Copacabana. Au sommet, des croix, des monuments religieux. La vue est infinie ; Copacabana en contrebas, sa cathédrale démesurée, le lac, le Pérou, l’Ile du Soleil se dévoilent à nous… En nous asseyant sur une stèle, nous sentons que nous dérangeons….



Un vieille femme nous regarde, son air est peu accueillant… Elle déploie un tissu coloré, fait des petits tas avec des cailloux, cet étrange balai dure une dizaine de minutes puis tout d’un coup, nous ressentons Anne Gaëlle et moi, la même douleur au même endroit ! Des picotements narine droite qui remontent dans les sinus ! La douleur n’est pas insupportable, mais nous quittons rapidement l’endroit… Il nous semble avoir été ensorcelés !
Nous redescendons donc, rejoignons les ruelles du village, faites de terre et de poussière, nous partons ainsi à la rencontre des enfants, des lamas, des chiens errants et des oies. Nous seront attaqués sans pitié par ces antipathiques volailles… A l’hôtel, toujours pas d’eau, toujours pas de douche… L’après-midi est consacrée à l’achat de provisions, nous réservons par la même occasion nos billets de bateau pour l’Isla del Sol (l’Ile du Soleil) pour le lendemain.



Restaurant, puis coucher.

19/07/2005

Nous prenons le bateau à 08h30, à 09h15 nous embarquons. La traversée dure deux heures, nos pilotes semblent bien plus occupés à jouer aux cartes qu’à manœuvrer l’embarcation du bout du pied… La traversée est magnifique, entre îlots isolés et montagnes. Plus loin, des femmes s’affairent à laver le linge dans les eaux aussi limpides que glacées. Challapampa est un village niché au nord de l’île dans une petite crique, les eaux y sont plus clémentes. Les vues sur les sommets enneigés de la Cordillère Royale sont époustouflantes. Le village semble coupé du monde ; les petites maisons en adobe, l’absence d’automobiles et la simplicité des gens…




Nous prenons un en-cas (enfin depuis le 15 juillet, Anne Gaëlle mange), faisons des réserves d’eau et partons à pied dans le but de traverser l’ile du nord au sud. L’île est vivante, les hameaux sont animés, nous croisons sans cesse des îliens sur les sentiers. Ici, tout un village est affairé à couper un arbre, ailleurs un groupe de femmes discute, assises sur des pierres, partout, on nous salue avec simplicité et  chaleur. Nous ne dérangeons pas, les gens nous acceptent, nous ne semblons pas éveiller de convoitise, je me sens très honoré de tous ces égards.  Nous gagnons les crêtes à plus de 4000 mètres d’altitude, le sentier serpente, s’élève, redescend, les perspectives sont infinies.
Nous passons devant de vieilles bicoques, qui surplombent l’immensité, le Lac Titicaca est une mer.


Devant une maisonnette, une femme tisse, sous l’œil bienveillant de son mari.


Quatre heures après avoir quitté Challapampa, nous arrivons enfin au sud de l’île, à Yumani, petit village à flanc de colline, perché à 4000 mètres. A l’entrée du village, nous sommes accueillis par des enfants.
Le village est désert, nous nous hasardons dans les ruelle en terre, nous déambulons au gré des bifurcations, à la recherche d’un toit pour la nuit. Tout le village est là, affairé sous le contrôle des femmes, à construire une nouvelle route… enfin plutôt un sentier pavé. Nous nous frayons un chemin puis croisons une dame qui nous propose une chambre. Une chambre donc, mais une chambre seule… Quatre mètres carrés sans toilettes, ni douche, ni même lavabo… Il est vrai que la vue sur le lac et sur la Cordillère Royale compense. Et pour 1 euro la nuit, nous ne pouvons faire les difficiles…
Nous errons dans les ruelles de Yumani, allons dîner, les yeux rivés sur le soleil qui décline.



Nous nous retrouvons attablés dans un restaurant, c’est un grand mot, et comme à chaque fois, après avoir passé la commande, l’un des membres de la famille se dévoue pour sortir faire les courses. De la fenêtre, c’est un étrange et fascinant balai que nous observons, sans en louper une miette. Des femmes, des enfants dégueulasses, des ânes, des lamas, des cochons passent. Ils ravitaillent le village en eau, en la puisant à la source quelques deux cent mètres en aval. Maurizio, 5 ans, fils du restaurateur, revient des commissions ! Nous en profitons pour lui parler de son école, il nous montre ses cahiers. Même si pédagogiquement, son travail est très éloigné de ce que nos faisons en Europe, Maurizio fait preuve d’une motricité fine assez remarquable pour une enfant de son âge. Nous rentrons éclairés par la pleine lune, l’Ile de la Lune, n’a jamais aussi bien porté son nom… Petits problèmes intestinaux pour moi et au lit (accompagnés du hennissement des ânes…) .

20/07/2005

Mauvaise nuit pour tous les deux, réveillés à 02h00, impossible de se lever à 06h30… Nous partons tant bien que mal, traversons Yumani désert, le ciel est chargé. Nous descendons les deux cent mètres de dénivelée qui nous séparent des rives du lac, personne. Nous devons trouver un bateau qui nous emmène à Yampupata, en face de Yumani, sur l’autre berge.  Une embarcation part à vide… trop tard… Vers 08h00, deux gars arrivent. Nous leur demandons s’ils peuvent nous faire traverser. 100 bs soit 10 euros, non c’est trop ! Nous parvenons à négocier la traverser pour 60 bs, espérant ne pas se faire racketter ( cf épisode du Pérou ). Finalement la traversée se passe sans encombre, parfois j’avoue avoir l’esprit tordu. Nous partons de Yampupata à 08h30, accompagnés par la cloche annonçant l’entrée en classe. Nous nous éloignons du village qui compte quelques maisons et … une voiture épave… Nous empruntons donc la piste qui serpente à flanc de colline, les vues sur le lac sont plongeantes. Nous pensons relier Copacabana en 4-5 heures. Nous croisons de nombreux villageois, qui nous sourient et nous saluent cordialement, nous croisons également des enfants en blouse qui semblent sacrément en retard pour l’école… Ils nous demandent du pain, nous leur en offrons. Nous parvenons à un premier village, trois chiens errants nous rejoignent : une femelle et deux mâles insistants. La femelle se refuse et semble nous prendre à témoin. Les chiens grognent, râlent, nous passent dans les jambes, nous bousculent… Anne Gaëlle est effrayée, je la rassure et lui préconise de les ignorer. Il ne nous attaqueront pas si nos ne faisons pas attention à eux. Je m’arme d’une pierre au cas où… Anne Gaëlle ne se détend pas, j’essaie de la rassurer. Nous faisons tellement attention à eux, que nous manquons le raccourci… Tant pis. Au bout de deux heures, nos croisons deux français, nous leur passons le relais, nous nous arrêtons, les chiens leur emboîtent le pas… sauf un… mais peu importe il semble nous apprécier, il nous accompagnera.  Nous traversons d’immenses forêts d’eucalyptus, encore un de ces fabuleux villages en terre, dans lesquels seule l’église est entretenue, toujours les mêmes sourires…



Au milieu d’un champ, des hommes s’évertuent à labourer un champ avec deux bœufs et une herse… Nous ressentons désormais la fatigue, quatre heures que nous marchons sans avoir mangé, et toujours pas de Copacabana. Nous faisons une petite pause, notre compagnon de route nous attend 100 mètres plus loin. Nous repartons, déjà, le Cerro Calveiro qui domine Copacabana nous apparaît. Un col et la baie. Une heure de marche encore…  Il est 14h30 lorsque nous arrivons à Copacabana, écrasés de fatigue. Un coca, une douche…froide et une sieste réparatrice. Le poids du sac m’a provoqué des douleurs dans le dos, je savoure mes moments allongés.

21/07/2005

Lever tardif , nous prenons le bus pour La Paz à 13h30. Nous occupons la matinée comme nous pouvons, 13h30 nous partons puis arrivons une heure plus tard à San Pablo de Tiquina pour prendre le bac. Le lac est déchaîné, les vagues s’agitent, le vent déracine et le froid nous mord le visage. Nous embarquons, le bateau tangue, penche, les vagues passent par dessus bord, vingt minutes à lutter, et enfin la terre ferme. Nous prions pour que le bus ne disparaisse pas au fond du lac, et nos affaires avec.   Nous reprenons la route, route qui devient piste, il est très difficile de croiser d’autres véhicules sur cette chaussée très, trop étroite. Tout se passe bien jusqu'à ce que une voiture vienne frotter littéralement contre la carrosserie du bus. La voiture n’a plus d’aile gauche, le chauffeur se retourne et poursuit comme si rien n’était. Les vues sur l’Illampu sont magiques, il semble veiller sur les maisonnettes en adobe et leurs petites bergères colorées.


Une heure de route puis La Paz. Le chauffeur de bus ne veut pas nous déposer à l’hôtel comme convenu, taxi puis à pied et enfin une douche chaude !

22/07/2005

Lever 07h00, nous faisons nos sacs, un taxi vient nous chercher à 09h15 pour le terminal de bus. Nous y arrivons et repérons le quai pour Oruro, tout en restant sur nos gardes, paraît-il que les vols sont fréquents. Nous repérons deux français que nous avions croisé auparavant, brefs échanges. Trois heures trente plus tard, nous sommes à Oruro, ville délabrée et austère, ville minière au milieu du désert et de la poussière.  Nous avons deux heures à tuer avant le départ du train, nous allons boire un thé avec Jean Luc et Marie, les français rencontrés précédemment. Ils traversent également le sud de la Bolivie pour rejoindre San Pedro De Atacama au Chili. Ils nous apprennent que Varig, notre compagnie aérienne a déposé le bilan… Comment allons nous rentrer ? Nous attendrons d’être à La Paz pour nous en occuper… Ils nous expliquent aussi pourquoi nous avons emprunté une piste pour aller au Lac Titicaca ; un chef indien local a instauré des barrages en guise de protestation. Nous nous rendons à la gare, entrons dans le wagon. Nous devions être en première classe ( équivalent deuxième classe SNCF ), finalement nous sommes en seconde, dans un confort tout à fait correct. Il est même plaisant d’être séparés des touristes. Le train part avec cinq minutes d’avances, traverse un lac, les flamands roses s’envolent à notre passage, puis le train progresse dans de longues étendues désertiques, nous offrant par la même occasion, un coucher de soleil mémorable. Il reste encore trois heures de voyage. Je négocie avec le contrôleur, je lui offre une clope, et j’ai le droit de fumer dans le train…  Arrivée glacée à Uyuni ( 0 °c ), où nous récupérons les bagages, puis nous nous rendons à l’hôtel Magia, l’un des meilleurs d’Uyuni. Uyuni est une ville far-west, austère et balayée par les vents, mais elle constitue le point de passage obligatoire pour qui veut se rendre au Salar. Pas d’eau chaude et 4°c dans la chambre…




23/07/2005

Lever 08h00, le 4x4 doit venir nous chercher à 10h00. Nous sommes réveillés par des polonais nombreux et peu discrets. Ils ont l’air de prendre leur expédition au sérieux ; caméras, appareils photos dernier cri, téléphone satellite, ordinateurs portables… Ils crient, s’interpellent dans les couloirs, photographient tout et n’importe quoi ; nous nous faisons photographier pendant le petit déjeuner ! A 10h00, le 4x4 est là, Juan est notre chauffeur et guide, Teo notre cuisinière.  Nous quittons définitivement le bitume, première étape, le cimetière de locomotives, à la sortie de la ville, aux portes du désert. De vieilles locomotives anglaises des années 1920, des vieux wagons rouillés, trônent, se décomposent et affrontent le vent et le froid mordant. D’un coup surgissent des wagons, une cohorte de militaires, nous ne nous attardons pas.



Nous prenons ensuite la direction du Salar d’Uyuni , nous croisons des pecunas,  lamas sauvages, au poil court et qui plus est protégés car en voie de disparition.
Halte à Colchani, lieu d’extraction du sel, nous visitons la petit centre de traitement puis nous nous engageons dans Salar… Du blanc, du bleu à perte de vue, des perspectives infinies sur cette étendue qui en plus d’être la plus importante réserve de sel au monde, en est aussi la plus grande étendue plane (160 km sur 80 de large ). Le vent est fort et glacial, la réverbération impose de bonnes lunettes de soleil, nous ne les quitterons pas de la journée.
Nous avons l’impression de rouler sur la neige, sur une sorte de banquise d’altitude.



Nous passons devant un hôtel, construit intégralement, intérieur comme extérieur, avec du sel. Je donne même un coup de langue sur le mur pour m’en assurer.  Nous poursuivons vers l’est et parvenons à l’ile d’Incuasi, petit bout de terre au milieu de cette ancienne mer, parsemée de cactus millénaires.
Nous nous hissons jusqu’à son sommet, découvrant ainsi avec émerveillement l’immensité qui nous entoure.  Beaucoup de vent, un froid mordant, et le sentiment bizarre de ne pas savoir si l’on est à la montagne ( du blanc, du vent, des températures glaciales ) ou au bord de la mer ( une ile, un étendue plate, et des cactus). Les contrastes sont saisissants, la couleur verte est venue s’ajouter au blanc et au bleu qui nous accompagnaient de puis plusieurs dizaines de kilomètres.  Juan et Teo nous préparent un repas chaud réconfortant au milieu des cactus.




L’heure est venue de quitter cet endroit dont nous avions tant rêvé, cet endroit que nous ne reverrons certainement jamais… Nous empruntons une piste, traversant des étendues toujours plus sauvages, toujours plus désertiques. Au détour d’un rocher, des lamas, plus loin, des pecunas… Une heure plus tard, nous sommes à San Juan, premier village rencontré après 240 km sans voir le bitume.  San Juan est un petit village, niché au pied d’une colline. Les vents se déchaînent continuellement dans les ruelles en terre, les toits sont maintenus par des rochers, les gens ne sortent pas. Il fait trop froid. L’électricité n’est disponible que le soir vers 22h00, lorsque les groupes électrogènes sont actionnés.
Nous nous hasardons dans les ruelles, achetons des cigarettes à l’épicerie ( on y trouve de tout, absolument tout ) et, sans avoir rencontré la moindre âme qui vive, nous nous dirigeons vers ce qui semble être un bar.  Vide, personne, des murs austères, un mobilier plus que rudimentaire. Nous nous asseyons, une dame arrive. Je lui fait la remarque : « Mucho frio, mucho abiento hoy ! » ( « Il fait froid, il y a du vent aujourd’hui ! » Elle me répond « C’est comme ça tous les jours » « Ah bon… » Au moment de payer, je dois entrer dans le jardin de la dame, toquer à sa porte, pour que quinze minutes plus tard, elle arrive pour nous encaisser… Nous retournons gelés au refuge, la chambre est petite, pas plus de quatre mètres carrés, les murs et le sol en béton ne sont pas des plus coquets mais l’endroit est propre et… glacé… Teo nous prépare un thé, nous dînons, et , en sortant nous tombons en émerveillement face à la voûte étoilée. Des milliers d étoiles éclairent le ciel, elles créent des nuées et propagent une clarté étonnante. Je n’ai jamais vu un ciel pareil ! Nous sommes à 3700 mètres d’altitude, la première ville est à plusieurs centaines de kilomètres, pas la moindre pollution… Le spectacle est saisissant. Nous allons nous coucher vers 19h45, il fait 7°c dans la chambre, nous dormons tout habillés.

24/07/2005

Lever 07h30, j’ai passé une mauvaise nuit. Petit déjeuner et départ. Nous traversons le Salar de Copoisa, d’une couleur plutôt marron, longeons la voie ferrée Calama-Uyuni, elle s’étend au milieu de nulle part et disparaît dans les infinités désertiques. Nous avions initialement décidé de l’emprunter pour rentrer du Chili, tout le monde nous l’a déconseillée, en raison de la vétusté des wagons, du froid et de l’altitude et des vingt heures ( prévues ) de trajet…. La piste est dominée par le volcan Ollagüe ( 5900 m ), volcan actif qui fait la frontière entre le Chili et la Bolivie.



La piste s’élève jusqu’à 4200 mètres, nous entamons ainsi la route des joyaux, une succession de lagunes, écrins logés entre les montagnes, où vivent des colonies de flamands roses, peu effrayés par le vent et les températures souvent inférieures à –15°c. Ils se déplacent sur la glace et se nourrissent d’algues. On y trouve par ailleurs le flamand James, une des espèces les plus rares au monde.  Se succèdent les lagunas Canapa, Hedionda, toujours plus belles, toujours plus étendues, où le froid y est toujours plus polaire…






Nous déjeunons à la laguna Hedionda, essayant tant bien que mal de se protéger du vent, puis reprenons la piste. Nous longeons encore les lagunas Charkata , Rondas et Ramaditas. Les décores sont spectaculaires. Au bord de l’eau, des pecunas broutent quelques végétaux, puis, quelques kilomètres plus loin, nous rencontrons des Viscachas, sortes de lapins à longue queue, qui curieusement paraissent aussi agiles que des chats.


Nous passons un col à 4650 m dans le désert de Siloli, puis 220 kilomètres après avoir quitté San Juan, et passons devant l’Arbre de Pierre.

Nous parvenons à la Laguna Colorada, un lac de soixante kilomètres carrés aux couleurs surréalistes. A première vue, on pourrait croire à une pollution industrielle, il n’en est rien. Sa couleur bleue, rouge, blanche, ocre et parfois violette est due aux dépôts de sodium,  magnésium, borax et gypse. Des flamands roses y marchent sur la glace à la recherche de quelques algues à déguster. Nous sommes à 4350 m, le vent est comme d’habitude glacé.


Un kilomètre plus haut, nous parvenons au refuge, sommaire et austère, comme convenu. Quelques baraquements en adobe, des chambres glaciales et un sol en terre.  Nous commençons à sérieusement attendre la douche chaude de San Pedro… Mon cœur reconnaît Marie qui tente tant bien que mal de se protéger du vent à l’extérieur. Nous sommes tous contents de nous retrouver et nous discutons une heure et demi autour d’un maté de coca. Nous dînons et nous nous glissons dans les duvets, dans une chambre où la température ambiante ne dépasse pas les 4°c.

25/07/2005

06h17, -1°c dans la pièce, les vitres sont couvertes d’une épaisse couche de glace… à l’intérieur… Le maté de coca que j’avais laissé fumant la veille sur la table est congelé. La nuit a été courte et agitée, à cette altitude, le sommeil est rarement réparateur.  A l’extérieur, -20°c, nous partons pour les geysers de Sol Manana. A 4850 m, les fumerolles foisonnent, l’odeur de souffre charge l’air ambiant et la vase en ébullition est peu rassurante. J’ai l’impression d’avoir été projeté lors du « voyage au centre de la terre » de Jules Verne.
Nous poursuivons la piste, passons devant la Laguna Salada, dans laquelle l’eau est à plus de 35°c, passons le désert de Dali, des blocs de laves y ont été projetés, rappelant un tableau du maître, puis enfin se dessine le volcan Licacanbur ( 5965 m ). La Laguna Blanca et la Laguna Verde se dévoilent à nous mais sonnent tristement la fin de cette aventure. Ces images que j’avais en tête, bien avant de partir s’offrent à moi.




Quelques kilomètres plus loin, Juan et Teo nous laissent à la frontière, nous nous serrons les uns contre les autres, un Chilien vient nous chercher en Pick-up,  Nous sommes au Chili ! Le contraste est saisissant : l’accent, l’apparence, le débit de parole, leur attitude moins décontractée, les routes, les marquages au sol, les panneaux, l’argent aussi… Une frontière n’est pas qu’une simple ligne imaginaire…









Bolivie- Chili, aux pays des superlatifs (2/3)



La route est impressionnante, elle dévale de 4550 mètres, d’une seule traite, jusqu'à San Pedro de Atacama, à 2400 mètres, une oasis en plein désert.



Arrivés à San Pedro, les douaniers nous font vider nos sacs après avoir désinfecté nos chaussures. Nous sommes tellement fatigués que nous ne nous apercevons pas qu’il fait plus de 25°c, je porte toujours ma doudoune en duvet… 45°c d’amplitude thermique en quatre heures, le choc est brutal, violent. Nous sommes déposés à  l’hôtel vers 11h30, enfin une douche et des vêtements propres ! San Pedro est un village classé, une oasis dans le désert le plus aride du monde, ses ruelles et ses maisons sont en terre. Mais les lois mercantilo-touristiques lui donnent un aspect international. Il est cependant agréable d’y flâner à condition d’avoir le budget. En effet, les prix pratiqués nous font hésiter à rester.



Nous allons nous promener dans le village, mais le choc thermique nous abat. Nous rêvions de pouvoir sortir en tee-shirt, mais le corps accuse le coup. Nous dormons quelques heures l’après midi, puis retrouvons Jean Luc et Marie pour dîner. Une soirée très sympathique.

26/07/2005

Journée off, nous sommes tous les deux terrassés par le choc thermique, Anne Gaëlle restera le plus clair de son temps alitée et prendra des antibiotiques.  Nous allons visiter brièvement la superbe église soutenue par une charpente en bois de cactus, essayons de dîner, nous n’avons absolument pas faim. Fort heureusement, nous trouvons sur la carte une purée « maison » qui me rappelle celle de ma grand-mère !  Nous allons nous coucher.

27/07/2005


Nous rendons la chambre à 11h00, petit déjeuner et louons des vtt et un snowboard pour tester les immenses dunes de sables dans le désert d’Atacama. Nous nous engageons dans la Vallée de la Mort, les rochers aux lignes effilés, les couleurs et la chaleur n’ont rien à envier à son homologue des Etats Unis. La progression en vélo semble être une calvaire pour Anne-Gaëlle, je m’en veux…



Je teste une dune, une deuxième un peu plus loin, deux-trois photos, peu convaincant…
Nous repartons et nous croisons trois cow-boys à cheval, l’ambiance est résolument western. De retour à San Pedro, nous prenons le bus « Colque tours » pour avoir un aperçu plus élargi de ces immensités.  Les paysages sont exceptionnels, l’afflux de touristes l’est beaucoup moins.
La cerise sur le gâteau est le coucher de soleil à la Vallée de la Lune, la cerise est amère : Des centaines de touristes attendent, massés au même endroit un timide coucher de soleil qui ne vaut en rien ce que nous avons vu les jours précédents.  L’afflux de touristes a le pouvoir certain de gâcher n’importe quel paysage, aussi merveilleux soit-il.



Nous repartons dépités. Une petite purée avec Jean Luc et Marie et nous prenons le bus pour Arica, la ville la plus au nord du Chili, en bordure du Pacifique. Au programme : onze heures de bus sur la Panaméricaine. 22H00, arrêt à Calama, une dizaine de mineurs monte dans le bus après leur journée de travail, ils sont ivres morts. Commence alors pour moi une longue nuit d’observation au cas où… Trois policiers montent, inspectent, les mineurs se calment et repartent de plus belle… Enfin vers 01h30, ils ronflent, je m’assoupis.

28/07/2005

Réveil vers 06h00 après une nuit courte et mouvementée. Nous plongeons dans la mer de nuage, nous arrivons à Arica, ville portuaire agréable sans pour autant pourvue de charme.  Nous sommes au niveau de la mer, à 10 mètres d’altitude, le temps est gris, comme souvent sur ces villes qui offrent leur côte à l’Océan Pacifique.  Nous sonnons à la Residencial Blanquita, une pension bon marché, tenue par une catholique extrémiste mais néanmoins sympathique. Pas cher, propre, kitch à souhait, une vierge trône au milieu d’un sanctuaire qui lui même trône au milieu de l’entrée.  Petite sieste, courte promenade le long du Pacifique, entre Pélicans et surfeurs, et déjeuner au MacDonald ! Nous dévorons. Encore une petite sieste, puis nous déambulons dans le centre ville animé d’Arica, où nous discutons une demi-heure avec un Chilien qui a déjà effectué un voyage en France. Coucher.

29/07/2005

Départ matinal pour La Paz. Nous ressortons de cette mer de nuage, puis, après avoir écrasé un chien,  surgissons au beau milieu des montagnes. En quatre heures de temps, nous sommes un peu hébétés à 4500 mètres d’altitude. Formalités à la frontière chilienne, les mêmes à la frontière bolivienne. Les paysages sont de toute beauté, nous sommes dans le parc du Lauca, les volcans enneigés pointant leur dôme à plus de 6000 mètres, se succèdent : Parinacota, Sajama…



Dans le bus, je sens qu’on me touche les cheveux. Je me retourne, une vieille bolivienne me regarde en souriant. Nous arrivons enfin à La Paz, vers 18h00, avec l’étrange sentiment d’arriver chez nous. Nous allons dîner dans un restaurant « chic », à savoir 10 euros à deux : j’essaie le steak de lama, ce n’est pas mauvais, bon même, mais ce n’est ni de la viande blanche, ni de la viande rouge. Hôtel et au lit.

Bolivie- Chili, aux pays des superlatifs (3/3)


30/07/2005


Beaucoup d’impératifs aujourd’hui : payer l’hôtel, en trouver un autre pour le 11 août, changer des espèces, s’assurer auprès de Varig que nous rentrons bien en France, faire les sacs et payer le guide pour le Huyana Potosi. 16h00, tout est fait, nous partons le soir même pour Potosi, la plus haute ville du monde, perchée à 4100 m. Encore dix heures de bus !  Départ 08h30, je m’endors assez rapidement devant un vieux film Américain avec Stallone. 

31/07/2005


02h00, le bus s’arrête au milieu de nulle part.  05h30, nous arrivons à Potosi.


Nous prenons un taxi, arrivons à l’hôtel. Nous réveillons l’hôtelier : « No possible, no possible, 10 de la manana ! » La chambre est disponible à 10h00 du matin, nous restons dubitatifs face à l’interphone désormais muet. Nous reprenons les sacs et commençons à marcher dans Potosi, baignée dans la nuit. Deux gars nous interpellent, nous faisons la sourde oreille. Nous arrivons à une guitoune. Deux gars mangent des Hamburgers avec des frites. Il est 06h15 ! Nous discutons un peu, nous voulons boire du thé, c’est possible… au terminal de bus.  Un des gars nous dit qu’il est dangereux de se promener de nuit à Potosi. Un taxi arrive, ce même gars nous dit que les taxis sont dangereux et qu’on ferait mieux de venir avec lui… Nous montons plutôt dans le taxi, direction retour à la case départ, le terminal de bus. Nous buvons un thé dans un local miteux, il est 06h30.  Nous repérons dans le guide un restaurant qui sert de bons petits déjeuners, il ouvre à 07h30. Nous reprenons un taxi, parvenons au restaurant à 07h20, dix minutes d’attente dans le froid, et enfin nous sommes au chaud. Nous y restons jusqu’à 10h00 à jouer aux dés. 10h30, nous prenons possession de la chambre, il y fait 5 °c. Sieste puis visite de la ville.  Potosi est une charmante cité coloniale, dominée par le Cerro Rico, une immense mine d’argent qui fit la richesse de cette ville.


Il y est très agréable d’y flâner, les maisons sont colorées, ornées de jolis balcons, les églises sont multiples et raffinées. Nous dînons puis allons nous coucher.
01/08/2005
Pendant le petit déjeuner, nous nous décidons pour visiter les mines d’argent. Le départ a lieu à 13h00 avec notre guide et une basque peu causante. Nous passons par le dépôt où nous nous équipons : pantalon imperméable, veste, casque, bottes, lampes à acétylène…  Nous passons ensuite par le marché, dans le quartier des mineurs pour leur acheter quelques denrées de base. La mine leur appartenant, ils payent tout de leurs poches déjà peu remplies… Nous achetons des feuilles de coca, des boissons, des cigarettes, de l’alcool à 96 °c (!) et de la dynamite ( !! ). En effet, la dynamite est en vente libre dans les échoppes le long de la rue.
Nous nous élevons sur cette montagne qui domine Potosi, puis, après avoir assisté à une explosion de dynamite, nous parvenons à l’entrée de la mine, assistant à un curieux spectacle.
Hommes, femmes et enfants siègent à l’entrée de la mine. Plusieurs carcasses de lamas trônent, tous mâchent des centaines de feuilles de coca et s’affairent à en décortiquer une autre, les fœtus sont récupérés, le sang est dispersé sur les murs pour s’accorder les faveurs de Pachamama.
   
Nous rentrons peu rassurés dans la mine, quinze centimètres d’eau au sol, nous marchons entre deux rails et la hauteur maximale n’excède pas 1.80 m.
50 mètres, le noir absolu, nos évoluons dans un univers ténébreux et froid. Après une heure de marche, l’air chaud se fait sentir, nous sommes à la porte des enfers, Tio en est le gardien, nous parvenons à son sanctuaire.
Tio est l’incarnation du diable, et, tous les mineurs qui descendent se doivent de lui faire des offrandes pour être protégés dans les entrailles de la terre. Il est représenté par une statue en terre, à taille humaine, pourvu de cornes et d’un gros pénis. Un fœtus de lama est à ses pieds. Ainsi, nous lui offrons des cigarettes, nous les lui mettons allumées dans la bouche, nous dispersons sur lui des feuilles de coca, de l’alcool à 96°c, tout en récitant des prières. Le rituel est organisé et solennel, l’instant est fort, troublant même… Nous poursuivons notre chemin, certains passages n’excèdent pas 80 centimètres, nous évoluons à quatre pattes. La chaleur s’intensifie, les vapeurs de Silice et d’amiante deviennent irrespirables. Je me mets à tousser, une gorgée d’alcool à 96 °c est c’est réglé. Tout d’un coup, nous apercevons quelques lumières flotter sur les murs sombres. Nous arrivons à un des lieux d’extraction de l’argent. Un bruit sourd se fait entendre, nous tombons nez à nez avec un wagon poussé avec souffrance par cinq hommes. Nous échangeons quelques mots, les mineurs paraissent exténués.


Leurs conditions de travail sont difficiles, inhumaines, les mineurs de Germinal n’ont rien à leur envier. Le choc et le retour dans l’Histoire s’imposent à nous. Nous leur offrons quelques produits et repartons. Le guide s’arrête et nous explique qu’il veut monter au deuxième niveau. Le passage est escarpé, je reste donc avec ma puce. Ils sont de retour dans cinq minutes. Curieuse sensation d’être seuls, sans un bruit, sans la moindre lueur, nous semblons abandonnés au fond de cette mine.  Si nos lampes s’éteignent, si le guide ne revient pas, si la cavité s’effondre. Vingt minutes d’attente à 4400 mètres, les secondes sont longues, très longues… Puis, enfin, une lueur, une lumière, une lampe, ils reviennent et nous prenons le chemin de la sortie. Trente minutes avant de revoir le soleil, une fumée s’amplifie dans le conduit où nous sommes. Elle devient de plus en plus opaque, l’air est de moins en moins respirable, nous mettons des écharpes pour couvrir nez et bouche, nous ne voyons plus rien, nous trébuchons… Notre guide nous ordonne de marcher plus vite… Enfin, à travers le nuage opaque, une lueur, la sortie et des carcasses de lamas qui brûlent tant et plus devant l’unique accès à la mine. Quelques minutes pour se remettre du choc, Anne Gaëlle craque. Enfin, la lumière, l’air, la liberté après deux heures trente dans l’obscurité. Nous allons acheter des chaussettes ( les nôtres sont désormais inutilisables ), celles ci sont taille unique… Dîner et coucher, morts de fatigue.
02/08/2005
Départ 12h30 pour Sucre. La route serpente dans les vallées asséchées, trois heures de route, nous arrivons à Sucre.


Sucre est une ville coloniale de toute beauté, perchée à 2700m, éden où chaleur et raffinement procurent une sensation de bien-être, une ville au parfum d’occident. On ne compte pas les églises et les clochers blancs, les façades coloniales et les palmiers.

Enfin des températures clémentes. L’hôtel est très confortable et peu onéreux ( 12 euros ). Nous nous payons le luxe de regarder les informations en français à la télévision.
03/08/2005

Balades, restaurants, enfin un peu de douceur dans une ville où il fait bon vivre…  Le soir, Sucre est animé, les étudiants investissent la Plaza Del 25 Mayo et les nombreux pubs sont pleins.  Nous savourons notre lit douillet.



04/08/2005

Nous repartons le soir même pour La Paz, encore quatorze heures de bus.  Toute la journée, nous nous promenons, prenons l’ambiance assis à la terrasse des cafés, nous n’en loupons pas une miette.  Sur un banc, une horde de cireurs de chaussures nous aborde, il sont âgés de 8 à 10 ans. Samuel veut une pièce de notre pays. Je trouve vingt centimes d’euros, je lui montre sur le verso de la pièce, la carte de l’Europe. Nous regardons ensemble les places de la France, de l’Espagne, de l’Angleterre… Les autres en veulent, nous leur donnons des stylos, des adultes arrivent, nous leurs distribuons les derniers. 7h00, nous sommes dans le bus, pas de toilettes pas de chauffage, voilà qui explique le prix intéressant de notre retour…

05/08/2005

06h00 du matin, gare routière de La Paz. Un thé dans une guitoune glacée. 07h30 nous sommes à l’hôtel, nous jouerons aux dés jusqu’à 10h30, heure à laquelle la chambre se libère. Nous passons à Alaya, bureau des guides pour un briefing matériel pour mes trois jours de montagne entre le 08 et le 10 août. Sieste, achats et promenades.

06/08/2005

Route puis piste pour la plus haute station de ski au monde, Chacaltaya à 5300 mètres d’altitude.



Plusieurs raisons pour cette excursion : tout d’abord par curiosité, ensuite pour les paysages qui surplombent l’altiplano, enfin pour me permettre de m’acclimater pour les jours suivants et de permettre à Anne Gaëlle de passer la barre symbolique des 5000 mètres.  Le minibus nous dépose à 5300 m, il faut une heure de marche pour accéder au sommet des pistes à 5440 m.  La station est rudimentaire, pas ou peu de neige, et un vieux câble obsolète qui fait office de remonte-pente. 

 
Nous partons, Anne Gaëlle prend peur et rebrousse chemin, sensation inconnue et effrayante pour mon petit cœur… Je sens mon cœur qui s’emballe, le souffle abdique, je suis bien en altitude, je ressens avec plaisir ce que le manque d’oxygène impose aux organismes. Je monte rapidement, du sommet, je peux observer à loisir la face du Huyana Potosi que je tenterai de gravir deux jours plus tard. Les vues sont panoramiques, La Paz et sa pollution, l’altiplano et la Cordillère Royale… Je la rejoins. Nous buvons un maté de coca, et redescendons sur La Paz.

07/08/2005

Promenades et repos, nous profitons de la dernière journée ensemble avant mon départ en montagne.

08/08/2005

09h20, le guide arrive vient me chercher, un gros baiser à ma femme et nous partons. « ne t’inquiète pas avant 20h00, le 10 août » 300 mètres de marche arrière sur la voie rapide, apparemment, il y a quelques problèmes de logistique… Je monte dans un autre 4x4, je rencontre deux français. L’un vient du Pérou à vélo, l’autre est depuis neuf mois en Amérique du Sud.   Nous arrivons vers 11h30, le Huyana Potosi s’impose à nous.
Je pense que nous allons manger un petit quelque chose… et non, je m’équipe et nous partons à 12h00 pour le sommet du Charquini ( 5350 m).  Le Charquini est une petite montagne, son intérêt est limité, le sommet est peu esthétique et peu technique, mais son ascension me permettra de parfaire mon acclimatation. Le sentier longe un précipice impressionnant puis nous gagnons le glacier. Le temps est instable, les sommets couverts, quelques flocons tombent. Vers 5100 m, je commence à souffrir, le sommet est atteint à 15h15. Le Huyana Potosi est dans les nuages,  j’espère que cela ne durera pas…


Nous redescendons, je suis mort de faim, j’ai dans le ventre les deux malheureuses tartines avalées à 08h30 ce matin !  Dans la descente, nous discutons avec Rodolphio, il ne manque pas d’humour, nous lions sympathie. Nous parvenons au refuge quasiment vide ( 4650 m ), je rencontre deux français, nous dînons puis je vais me coucher. Mon cœur me manque terriblement, première aspirine.

09/08/2005

Après une bonne nuit de dix heures, nous partons vers le camp 2, à 5250 m.


Rodolphio m’avait annoncé trois heures de marche, en deux heures nous y sommes. Je rencontre trois français croisés la veille. Le camp 2 est un amas de tentes, posées à même les rochers au pied du glacier.
Je domine toute la vallée de cette terrasse en plein ciel.



Je retrouve également les deux français rencontrés dans le 4x4 la veille, ils sont allés au sommet. Dîner à 16h30.  Je me sens bien, chaque geste trop brutal m’affecte, mais tout cela est normal. Je n’ai pas de mal de crâne, mes idées sont plutôt claires, tout cela est de bonne augure pour demain.  J’aime se sentiment : je suis avec ma petite tente, planté à 5250 m, je ne suis pas seul mais l’ambiance haute montagne me touche profondément.  Je me couche vers 18h00, étant persuadé de pouvoir trouver le sommeil. Dans la tente des français, j’entends des fous rires incontrôlables, ceux que nous avions également avec Gatien lorsque l’altitude et le manque d’oxygène réduisent les capacités mentales. Du coup, je me prends à rire tout seul…  J’écoute le vent, je pense à ma petite femme, mais je ne trouve pas le sommeil…

10/08/2005

Je m’assoupis vingt minutes, je me réveille, il est 00h23, mon réveil sonne dans sept minutes…Il fait –5°c dans la tente.  Dehors, le vent est fort, très fort même…  01h00, Je bois un thé glacé dans un univers glacial, l’obscurité est  totale, la température n’excède pas –20°c. 01h20,nous partons. Nous marchons vite, très vite, nous distançons les quelques lampes frontales qui s’étalent sur l’itinéraire. Seul un espagnol et son guide nous accompagnent. Nous parvenons assez vite au Campo Argentino ( 5450 m ), nous distinguons tout au loin la nuée que forme les lumières de El Alto quelques 1500 mètres plus bas. 5500, 5600, 5700, les sensations sont bonnes, nous passons quelques crevasses  que nous ne voyons qu’à peine, nous enjambons  ces précipices de glaces qui pour certains s’évanouissent à plus de vingt mètres dans les profondeurs du glacier.  Un passage vertical, la traversée d’un plateau glaciaire, bientôt 5800 mètres, mes forces me  quittent, elles abdiquent.  Je marche  machinalement, ne sachant pas si je pourrais atteindre la consécration. Je suis épuisé, je paie sévèrement mon manque de préparation et de condition physique.  5900 m, je m’arrête tous les vingt mètres. Une cordée nous dépasse à vive allure,je reste planté, essayant de happer au passage, les moindres molécules d’oxygène. Nous abordons enfin la dernière difficulté, je doute encore de mes aptitudes physiques à atteindre le sommet. La dernière partie est constituée par une paroi de 45° en moyenne, mais composée de pénitents, ces colonnes de glace formées par le vent, si caractéristiques des montagnes d’Amérique du sud. Ainsi, il  faut louvoyer, se faufiler, se frayer un passage, il faut également assurer ses ancrages, planter son piolet dans une glace friable, tout cela avec des passages qui parfois sont  proches de la verticale. Je suis exténué, je fais une pause tous les dix mètres.  Enfin, à 06h40, l’obscurité totale, laisse sa place à une fine ligne orange à l’horizon, le lever de soleil accompagne les derniers mètres de mon calvaire.



Il reste dix mètres, je sais désormais  que je foulerai le sommet…
06h50, je suis au sommet du Huyana Potosi à 6088 mètres d’altitude, il fait –20°c, nous avons mis 05h30, laissant derrière nous bon nombre de cordées. Je suis très fatigué, affecté même, mais très heureux de fouler mon quatrième 6000…



Les perspectives sont infinies, l’altiplano, El Alto, le Lac Titicaca… Je pense à ma puce que je vais retrouver dans quelques heures. L’horizon nous offre l’ombre la montagne, elle se dessine, grossit et s’évanouit en quelques instants.
L’instant est fort mais il se doit d’être court. Le froid mordant et le manque d’oxygène nous obligent à redescendre. Déjà d’autres alpinistes nous rejoignent, nous nous congratulons mutuellement, échanges brefs mais sincères.
Nous redescendons , découvrons au fur et à mesure, l’ampleur des espaces traversés dans l’obscurité.



Un milieu moins hostile se découvre, je devine La Paz, la bas, au fond, c’est encore très loin…
09h30, nous sommes au camp, je mange un peu, cela fait quinze heures que je n’ai rien avalé, je m’hydrate. Rodolphio me demande si je veux dormir. Non, je suis pressé de redescendre. 12h00, nous sommes au refuge, à 14h00, je suis à La Paz, mon cœur m’aperçoit du balcon de la chambre, c’est un réel moment de bonheur.  Je me douche, je mange, je dévore.  Curieusement, je ne suis pas trop fatigué.  Nous dînons dans un bon restaurant, je m’endors très vite.

11/08/2005

Le plaisir de rentrer est en demi-teinte, nous aimerions rester quelques semaines, quelques mois de plus ; découvrir l’Argentine, le Brésil… Nous passons la journée à nous promener, à flâner, à utiliser à plein régime nos cinq sens, conscients que tout cela va nous manquer.
Petit passage à Varig pour confirmer, quelques photos puis nous changeons d’hôtel pour la dernière nuit, ils n’avaient pas enregistré notre confirmation.  Nous passons dans le marché de la sorcellerie, des fœtus de lamas gisent sur les tables, côtoyant toutes sortes d’herbes, des bestioles en tous genres et les denrées alimentaires de base…


Nous faisons les sacs et nous nous endormons, conscient de passer nos ultimes instants en Amérique du sud.

12/08/2005

Nous prenons le taxi à 10h00, déjeunons à l’aéroport.
La grande baie vitrée, nous autorise un dernier coup d’œil sur El Alto et sur le sommet du Huyana Potosi, nous sommes heureux, nous sommes tristes…Nous savons également que les prochaines heures risquent d’être longues. Nous embarquons pour Santa Cruz, le décollage est impressionnant. En effet, l’oxygène et rare et l’avion à besoin de cinq kilomètres pour décoller et il peine à prendre de l’altitude, rasant pendant de longues minutes les maisons délabrées de El Alto. Nous approchons à quelques dizaines de mètres du sommet de l’Illimani ( 6400 m ), à tel point que nous y distinguons la trace des alpinistes. Curieuse sensation d’approcher avec un Boeing 737, des espaces réservés aux alpinistes. Courte escale à Santa Cruz, envol pour Sao Paolo. Courte escale à Sao Paolo, envol pour Paris.

13/08/2005

Il est 14h00, heure française, à peine 08h00, pour notre horloge biologique bolivienne, nous passons au dessus de l’Ile de Noirmoutier, où nous nous rendons trois jours plus tard. Je pense à ma famille que je vais y retrouver. 15h00, Roissy Charles De Gaulle, nous y sommes, Laurent et Damien sont là, nous, certainement encore là bas…

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