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jeudi 22 avril 2004

Islande, île aux mille extrêmes


Ascension du Hvannadalshnukur (2119 m et point culminant de l’Islande), du Hekla (1491 m).

L’expédition au Groenland est annulée 15 jours avant de partir car mon compère Gatien a quelques soucis de santé, je rejoins donc un groupe Allibert pour skier les volcan du sud de l’Islande. Huit jours de péripéties sur une île où les éléments se déchaînent, où le feu, la glace et l’océan s’associent pour imposer les lois de la nature aux Hommes, une nature austère, violente mais terriblement authentique… L’histoire d’un groupe de skieurs qui au gré des tempêtes,  revendiquent leur solitude au beau milieu de l’océan l’Atlantique, où l’Homme ne semble pas avoir sa place…


11/04/2004

J’ai rendez-vous avec le groupe à 11h45 à Roissy, je suis rejoint par Marc, Clarissa et Hélène, les autres sont en transit par Londres. Nous décollons à 14h30 et atterrissons trois heurs plus tard à Keflavik sans la moindre trace de neige… Transfert jusqu’à Reykjavik.



Reykjavik est une de ces villes qui font penser au bout du monde : des maisons multicolores, des rues désertes, l’omniprésence de l’océan et des montagnes ; nos montagnes qui se profilent à l’horizon.
Première autochtone que je rencontre : Björk ! Je lui demande mon chemin en espérant qu’elle ne sache pas que je l’ai reconnue puis après une balade ventée, nous allons dîner au restaurant. L’Islande est chère : 45 € pour une pizza et deux bières ! 


12/04/2004


Départ prévu à 8h00 avec notre guide islandais, Jökull.
Départ effectif à 11h30 après avoir modifié le programme  par rapport à l’enneigement des massifs, une crevaison, le changement de deux roues, l’attente de deux paires de skis qui semblent s’être perdues à Londres et la récupération express de matériel de montagne.
Nous nous échappons de Reykjavik et là plus rien… des kilomètres et des kilomètres de plateaux, de plaines, de vallons. De la neige, pas encore … Le taux d’humidité doit avoisiner les 100%, le paysage est magique, austère, presque maléfique. Les cascades libèrent leurs eaux avec  fracas, les fermes et les maisonnettes semblent écrasées par le poids d’une nature omniprésente, étouffante.


Méditation sur les plages de sable noir de Vik, village le plus méridional d’Islande duquel les montagnes et les falaises se jettent dans la mer.







Après avoir traversé un interminable désert, nous arrivons au pied du glacier skinafellsjökull, une immensité glaciaire de plus de 8500 km² qui en fait le plus grand glacier d’Europe.
Notre Lodge repose au pied d’une de ses imposantes langues de glace. Nuit au Lodge.

13/04/2004

Réveil difficile à 8h00, un rapide coup d’œil sur le ciel pour s’apercevoir que les conditions climatiques ne sont pas engageantes. Quelques minutes plus tard, le ciel est bleu, bienvenue en Islande, la météorologie n’y a rien d’une science exacte… Nous partons en 4x4 nous verrons bien…
Virage à gauche, nous prenons une piste qui raidit à vue d’œil. Désormais la neige recouvre ce qui à priori est une piste. Nous sommes dans un brouillard tamisé, la lumière est surréaliste. Nous apercevons de temps à autres les reflets scintillants de la mer toute proche.
700 mètres, le bout de la piste, nous nous préparons dans la tempête et partons.
Petit à petit, le fantastique paysage se dévoile : la mer, les plages, les sommets enneigés et …  les bourrasques de vent.
A deux reprises, les rafales à plus de 160 km/h me couchent, le froid est cinglant, la visibilité plus que fluctuante.




Nous poussons jusqu’à une petite bosse vers 1250 m, les perspectives qui s’offrent à nous sont sans limite, mais le vent qui sévit sur les crêtes nous impose de redescendre. Une descente mémorable, face à la mer, l’instant est irréel, surnaturel…



Après une trentaine de minutes, nous rejoignons le 4x4 puis la route n°1.
Celle ci nous mène aux icebergs du glacier vatnajökull. Il ne s’agit que de l’une des innombrables ramifications de ce glacier, et pourtant, l’espace est infini, indéfinissable, indescriptible. Le lac dans lequel se jette le glacier est le refuge de milliers d’icebergs qui, inexorablement sont attirés vers la mer.





Nous regagnons le Lodge avec des images plein la tête, une journée forte et intense !

14/04/2004

Lever à 4H45.
Nous prenons le 4x4 qui nous mène au pied de la voie à 30 mètres d’altitude (!) à 6h30. Programme de la journée : le point culminant de l’Islande : le Hvannadalshnukur qui pointe à 2119 m d’altitude soit quasiment 2100 mètres de dénivelé positive et autant à la descente !


Nous partons sous la pluie…
Vers 150 mètres, la pluie s’arrête, il commence à neiger…
Vers 600 mètres, alors que la neige a recouvert tout notre itinéraire, le soleil apparaît, timidement puis franchement. Il éclaire la crête sur laquelle nous venons de prendre pied, l’océan et notre moral.
A 700 mètres, nous chaussons les skis et nous engageons dans une petite combe de neige fraîchement déposée et délicieusement poudreuse.



Les perspectives sur l’océan sont magnifiques !
Nous franchissons un col à 1000 mètres d’altitude puis entamons la montée d’une grande pente, une ligne droite, terriblement droite…


Les sensations sont bonnes, la vue est magnifique, l’isolement total. Arrivés vers 1600 mètres, le temps se couvre, en l’espace de 15 minutes la visibilité est nulle.
Nous parvenons vers 1800 mètres à cet énorme plateau glaciaire, plateau que nous ne verrons pas. La traversée est longue et le GPS est bien utile.
Une bonne heure plus tard, nous arrivons comme dans un rêve, face au sommet tant convoité, il se découvre à mesure que nous nous en approchons.


Jökull est septique quant aux conditions avalancheuses, nous ferons demi-tour si besoin est. Nous chaussons les crampons et, en moins d’une heure, par un froid cinglant, nous sommes au sommet, 9h10 après avoir quitté la mer. Il est 15h40.
La visibilité  est nulle puis petit à petit, les milliers de km² de glace qui nous entourent se dévoilent, nous sommes au sommet de l’Islande à 2119 m.
Nous redescendons de cet îlot ; rechaussons les skis et la tempête se lève ( se rerelève !). Je ne vois pas à 10 mètres et les flocons de neige semblent nous lapider, nous mitrailler à mesure que nous avançons. Nous devons traverser une nouvelle fois cet immense plateau de plusieurs kilomètres, nos traces de montée sont effacées et les précipices et crevasses qui le bordent sont invisibles…
Jökull s’arrête à maintes reprises, les yeux rivés sur le GPS, nous l ‘aidons par nos indications à maintenir le cap.
Après une heure de déambulations, nous remarquons des traces dans la neige. Ce sont les traces que nous avons laissé quelques heures plus tôt lors d’une pause à la montée. Le vent forcit, la neige redouble, nous entamons la descente. A mesure que nous nous éloignons du plateau, les conditions climatiques deviennent plus clémentes, moins violentes en tous cas. Nous nous décordons, enlevons les peaux et quelques minutes de glisse plus tard, la mer ! l’océan scintille au milieu des rafales, la voûte céleste s’embrase, les nuages défilent… 1000 mètres de descente dans une poudreuse magique, l’instant est extraterrestre, de quoi nous laisser des souvenirs impérissables.
Nous déchaussons vers 700 mètres, je pars devant avec Hélène et finissons à pied entre mousses et ruisseaux. Marc a de grosses douleurs aux genoux, je lui porte un ski et son piolet.
 20h30, 14 heures après avoir quitté l’océan, nous sommes au 4x4, fatigués, lessivés mais excités d’être revenus du sommet de l’Islande, dans un décors tellement majestueux qu’il y paraît irréel.
Nous regagnons le Lodge, sous le charme des images et des instants vécus entre neige et glace, entre montagne et océan, entre le ciel et la terre.
La tempête que nous avons essuyé sur le plateau gagne peu à peu la vallée.

15/04/2004

Toute la nuit le vent a soufflé, les rafales atteignent 180 km/h, les murs tremblent, mont lit bouge, la route n°1 ferme.
A 9h00, il n’est plus question de quitter le lodge.
Nous partons avec Marc et Clarissa en haut de la butte qui domine le Lodge, le vent souffle à 200 km/h en rafale, je ne peux pas tenir debout plus de cinq secondes, ils s’engouffre, nous déshabille…
Je suis un oiseau, je m’élance de la butte et le vent m’empêche de subir les lois de la gravité, je vole ! l’instant est surréaliste !


Jökull a préparé la remorque, nous allons tenter de passer le désert de sable.
Nous distinguons l’énorme nuage de sable, nous nous en approchons, nous sommes dedans, nous ne voyons plus la route, les rafales qui dépassent les 200 km/h charrient le sable, le 4x4 penche, la remorque vacille… les conditions sont apocalyptiques !
50, 100, 200, 300 mètres, la remorque se couche, le 4x4 s’immobilise, le sable mitraille les vitres…



Jökull se gare sur le bas coté, pendant quinze minutes, nous restons immobilisés. Marc et Jökull détachent la remorque, nous la laissons dans la tempête.
Retour à la case départ sans nourriture, sans bagages et sans skis. Le 4x4 est criblé, nous apprenons qu’une voiture a tenté la traversée et que toutes ses vitres ont volé en éclat.
Après quelques heures d’attentes, nous apprenons qu’un poids lourd doit passer pour rejoindre Reykjavik. Nous allons tenter de retourner à la remorque pour libérer les sacs et les mettre dans le camion. La tempête ne s’est finalement pas calmée, Jökull veut effectuer une nouvelle tentative.
Rien n’a changé sur place, Jökull gare le 4x4 à 100mètres de la remorque, là où le vent paraît moins fort. Marc et Jökull courent ouvrir la remorque, nous les rejoignons, luttant contre le vent et les éléments.
Nous tenons à peine debout mais nos aller-retour incessants nous permettent de ramener les bagages à l’abri derrière le 4x4. Hélène se couche sur les sacs pour éviter qu’ils ne s’envolent. Le sable nous fouette le visage, le vent nous couche, le camion arrive, il faut faire vite… Je monte à l’arrière, il s’agit d’un camion de poisson, l’odeur le confirme. J’entasse tant bien que mal les bagages et les skis au milieu des bacs, mes pellicules sont saines et sauves c’est le plus important…
Nous remontons dans le 4x4 et prenons la route pour Hella.
Nous essuyons une dernière tempête mais celle ci n’a pas de fâcheuses conséquences.
2h30 plus tard, nous sommes à Hella, le camion arrive 30 minutes après nous, je récupère les bagages avec Jökull.


Nous observons pendant près d’une heure des aurores boréales, ces spectres verts qui ondulent au gré des vents solaires, l’instant est magique, hors du temps et de l’espace.Nous dînons, puis vers 1h45 je me couche après cette journée intense et condensée…

16/04/2004

Lever à 8h00, le temps est magnifique.


Nous partons pour le sommet de l’Hekla, un volcan actif de 1491 m, qui domine le village de Hella.
Après une heure de piste chaotique, Jökull gare le 4x4 à la limite de la neige vers 500 m d’altitude, le temps se couvre doucement.
Nous commençons l’ascension dans une énorme coulée de lave, nous peinons à trouver de la neige. Nous rejoignons un grand plateau vers 900 mètres, il se met à neiger.


Arrivés vers 1300 m, la neige s’intensifie, la visibilité se réduit.
Nous arrivons à ce que Jökull pense être le sommet. La visibilité est nulle, Jökull s’y prendra à trois fois pour trouver le véritable sommet. Nous y arrivons, sommet de l’Hekla, 1491 mètres d’altitude.
Alors que la température avoisine les –10°c et que la neige tombe à gros flocons, nous apercevons au bord du cratère une bande de pierre volcanique apparente.
Je creuse 20 centimètres, de la fumée se dégage, la température y est d’environ 40 °c ! Je m’assieds quelques instants de ce fauteuil chauffant.



Nous ne voyons pas à 10 mètres, Jökull, après plusieurs tâtonnements, retrouve les skis laissé à la montée, la descente se fait dans la tempête sur de la neige hétérogène et parfois de longues portions de glace.
Nous regagnons le 4x4, la piste est désormais recouverte de neige.
Nous arrivons vers 20h00, puis filons Joël, Marc, Bruno et moi, à la piscine d’eau chaude naturelle ( en plein air ), où les 40 °c du bassin nous font oublier les 0°c de l’air.

Nous dînons accompagnés de la copine de Jökull, le gigot de mouton restera mémorable !

17/04/2004

Beaucoup de vent ( pour changer ) aujourd’hui, nous décidons de ne pas faire de ski.  Nous partons vers Gulfoss, une énorme chute d’eau qui s’engouffre dans des gorges encaissées , nous y voyons pour la première fois depuis une semaine des touristes…



L’étape suivante est Geysir, une petite bourgade qui est devenue un haut lieu touristique pour ses fameux geysers ( le nom provient de ce village ).


Rien de très impressionnant, c’est surtout par curiosité que nous observons ces colonnes d’eau bouillantes s’élever vers le ciel.


Nous terminons notre visite touristique par Tingvellir , accessoirement lieu du premier parlement au monde, mais surtout une énorme faille qui entaille l’immensité ( celle qui sépare le continent américain et le continent européen ), un lac immense sur fond de montagnes enneigées et des perspectives infinies…



Le lieu dégage une sérénité et une quiétude qui terminent à merveille ce périple. Nous rentrons à Reykjavik et quittons avec regret Jökull.
Marc insiste pour aller à Blue Lagoon, une piscine naturelle en plein air. Réticent et fatigué, je me laisse avoir par cet attrape-touriste, Bruno loue une voiture ( qui nous servira demain ) et nous prenons la route.
L’endroit est finalement magique. Nous sommes au milieu de champs de lave et de volcans, l’eau est d’un bleu presque artificiel et atteint 45 °c par endroits. Les fumerolles donnent un aspect surnaturel à l’instant.




Après cette semaine un peu folle, le bain nous remet sur pieds. Nous finissons à Reykjavik à boire des bières et à s’échanger nos adresses.

18/04/2004

Hélène, Marc, Clarissa et Joël nous quittent, je reste avec Bruno.
Nous prévoyons de faire le tour de la péninsule de Reykjanes. Nous nous dirigeons vers Harfnarjördur, un petit port de pèche dominé au loin par les cimes enneigées. Nous gagnons par la piste, le lac de Keflavatan. Le bleu vif de ses eaux contraste avec le ton ocre des montagnes qui le bordent.


Nous allons observer des fumerolles qui le jouxtent. L’odeur du souffre (d’œuf pourri) est infecte mais l’endroit vaut le détour. La route se poursuit et nous passons devant une petite, minuscule église battue par les vents au milieu de nulle part … Je tourne la grosse clé et la porte s’ouvre en grinçant.




L’intérieur est logiquement minuscule mais d’une profonde intimité.
Nous continuons vers l’Ouest, passons Grindavik avant d’arriver au phare de Reykjanesviti, le plus ancien phare d’Islande ( 1878 ). Le vent est violent, les éléments déchaînés et la piste chaotique. Nous remontons vers le nord, passons Hafnir puis Reykjavik. Encore de nouveaux horizons, un isolement finalement habituel et des paysages à couper le souffle. Nous devons rendre la voiture et je dois trouver où me loger. Finalement je négocie avec le patron de la guesthouse de Bruno, je passe de 4900 kr à 2000 kr…
Nous allons dîner au restaurant avec Bruno, je dis au revoir à Reykjavik pour préparer le au revoir à l’Islande du lendemain.

19/04/2004

Retour à contre-cœur à Paris…
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