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mardi 16 août 2005

Bolivie- Chili, aux pays des superlatifs (3/3)


30/07/2005


Beaucoup d’impératifs aujourd’hui : payer l’hôtel, en trouver un autre pour le 11 août, changer des espèces, s’assurer auprès de Varig que nous rentrons bien en France, faire les sacs et payer le guide pour le Huyana Potosi. 16h00, tout est fait, nous partons le soir même pour Potosi, la plus haute ville du monde, perchée à 4100 m. Encore dix heures de bus !  Départ 08h30, je m’endors assez rapidement devant un vieux film Américain avec Stallone. 

31/07/2005


02h00, le bus s’arrête au milieu de nulle part.  05h30, nous arrivons à Potosi.


Nous prenons un taxi, arrivons à l’hôtel. Nous réveillons l’hôtelier : « No possible, no possible, 10 de la manana ! » La chambre est disponible à 10h00 du matin, nous restons dubitatifs face à l’interphone désormais muet. Nous reprenons les sacs et commençons à marcher dans Potosi, baignée dans la nuit. Deux gars nous interpellent, nous faisons la sourde oreille. Nous arrivons à une guitoune. Deux gars mangent des Hamburgers avec des frites. Il est 06h15 ! Nous discutons un peu, nous voulons boire du thé, c’est possible… au terminal de bus.  Un des gars nous dit qu’il est dangereux de se promener de nuit à Potosi. Un taxi arrive, ce même gars nous dit que les taxis sont dangereux et qu’on ferait mieux de venir avec lui… Nous montons plutôt dans le taxi, direction retour à la case départ, le terminal de bus. Nous buvons un thé dans un local miteux, il est 06h30.  Nous repérons dans le guide un restaurant qui sert de bons petits déjeuners, il ouvre à 07h30. Nous reprenons un taxi, parvenons au restaurant à 07h20, dix minutes d’attente dans le froid, et enfin nous sommes au chaud. Nous y restons jusqu’à 10h00 à jouer aux dés. 10h30, nous prenons possession de la chambre, il y fait 5 °c. Sieste puis visite de la ville.  Potosi est une charmante cité coloniale, dominée par le Cerro Rico, une immense mine d’argent qui fit la richesse de cette ville.


Il y est très agréable d’y flâner, les maisons sont colorées, ornées de jolis balcons, les églises sont multiples et raffinées. Nous dînons puis allons nous coucher.
01/08/2005
Pendant le petit déjeuner, nous nous décidons pour visiter les mines d’argent. Le départ a lieu à 13h00 avec notre guide et une basque peu causante. Nous passons par le dépôt où nous nous équipons : pantalon imperméable, veste, casque, bottes, lampes à acétylène…  Nous passons ensuite par le marché, dans le quartier des mineurs pour leur acheter quelques denrées de base. La mine leur appartenant, ils payent tout de leurs poches déjà peu remplies… Nous achetons des feuilles de coca, des boissons, des cigarettes, de l’alcool à 96 °c (!) et de la dynamite ( !! ). En effet, la dynamite est en vente libre dans les échoppes le long de la rue.
Nous nous élevons sur cette montagne qui domine Potosi, puis, après avoir assisté à une explosion de dynamite, nous parvenons à l’entrée de la mine, assistant à un curieux spectacle.
Hommes, femmes et enfants siègent à l’entrée de la mine. Plusieurs carcasses de lamas trônent, tous mâchent des centaines de feuilles de coca et s’affairent à en décortiquer une autre, les fœtus sont récupérés, le sang est dispersé sur les murs pour s’accorder les faveurs de Pachamama.
   
Nous rentrons peu rassurés dans la mine, quinze centimètres d’eau au sol, nous marchons entre deux rails et la hauteur maximale n’excède pas 1.80 m.
50 mètres, le noir absolu, nos évoluons dans un univers ténébreux et froid. Après une heure de marche, l’air chaud se fait sentir, nous sommes à la porte des enfers, Tio en est le gardien, nous parvenons à son sanctuaire.
Tio est l’incarnation du diable, et, tous les mineurs qui descendent se doivent de lui faire des offrandes pour être protégés dans les entrailles de la terre. Il est représenté par une statue en terre, à taille humaine, pourvu de cornes et d’un gros pénis. Un fœtus de lama est à ses pieds. Ainsi, nous lui offrons des cigarettes, nous les lui mettons allumées dans la bouche, nous dispersons sur lui des feuilles de coca, de l’alcool à 96°c, tout en récitant des prières. Le rituel est organisé et solennel, l’instant est fort, troublant même… Nous poursuivons notre chemin, certains passages n’excèdent pas 80 centimètres, nous évoluons à quatre pattes. La chaleur s’intensifie, les vapeurs de Silice et d’amiante deviennent irrespirables. Je me mets à tousser, une gorgée d’alcool à 96 °c est c’est réglé. Tout d’un coup, nous apercevons quelques lumières flotter sur les murs sombres. Nous arrivons à un des lieux d’extraction de l’argent. Un bruit sourd se fait entendre, nous tombons nez à nez avec un wagon poussé avec souffrance par cinq hommes. Nous échangeons quelques mots, les mineurs paraissent exténués.


Leurs conditions de travail sont difficiles, inhumaines, les mineurs de Germinal n’ont rien à leur envier. Le choc et le retour dans l’Histoire s’imposent à nous. Nous leur offrons quelques produits et repartons. Le guide s’arrête et nous explique qu’il veut monter au deuxième niveau. Le passage est escarpé, je reste donc avec ma puce. Ils sont de retour dans cinq minutes. Curieuse sensation d’être seuls, sans un bruit, sans la moindre lueur, nous semblons abandonnés au fond de cette mine.  Si nos lampes s’éteignent, si le guide ne revient pas, si la cavité s’effondre. Vingt minutes d’attente à 4400 mètres, les secondes sont longues, très longues… Puis, enfin, une lueur, une lumière, une lampe, ils reviennent et nous prenons le chemin de la sortie. Trente minutes avant de revoir le soleil, une fumée s’amplifie dans le conduit où nous sommes. Elle devient de plus en plus opaque, l’air est de moins en moins respirable, nous mettons des écharpes pour couvrir nez et bouche, nous ne voyons plus rien, nous trébuchons… Notre guide nous ordonne de marcher plus vite… Enfin, à travers le nuage opaque, une lueur, la sortie et des carcasses de lamas qui brûlent tant et plus devant l’unique accès à la mine. Quelques minutes pour se remettre du choc, Anne Gaëlle craque. Enfin, la lumière, l’air, la liberté après deux heures trente dans l’obscurité. Nous allons acheter des chaussettes ( les nôtres sont désormais inutilisables ), celles ci sont taille unique… Dîner et coucher, morts de fatigue.
02/08/2005
Départ 12h30 pour Sucre. La route serpente dans les vallées asséchées, trois heures de route, nous arrivons à Sucre.


Sucre est une ville coloniale de toute beauté, perchée à 2700m, éden où chaleur et raffinement procurent une sensation de bien-être, une ville au parfum d’occident. On ne compte pas les églises et les clochers blancs, les façades coloniales et les palmiers.

Enfin des températures clémentes. L’hôtel est très confortable et peu onéreux ( 12 euros ). Nous nous payons le luxe de regarder les informations en français à la télévision.
03/08/2005

Balades, restaurants, enfin un peu de douceur dans une ville où il fait bon vivre…  Le soir, Sucre est animé, les étudiants investissent la Plaza Del 25 Mayo et les nombreux pubs sont pleins.  Nous savourons notre lit douillet.



04/08/2005

Nous repartons le soir même pour La Paz, encore quatorze heures de bus.  Toute la journée, nous nous promenons, prenons l’ambiance assis à la terrasse des cafés, nous n’en loupons pas une miette.  Sur un banc, une horde de cireurs de chaussures nous aborde, il sont âgés de 8 à 10 ans. Samuel veut une pièce de notre pays. Je trouve vingt centimes d’euros, je lui montre sur le verso de la pièce, la carte de l’Europe. Nous regardons ensemble les places de la France, de l’Espagne, de l’Angleterre… Les autres en veulent, nous leur donnons des stylos, des adultes arrivent, nous leurs distribuons les derniers. 7h00, nous sommes dans le bus, pas de toilettes pas de chauffage, voilà qui explique le prix intéressant de notre retour…

05/08/2005

06h00 du matin, gare routière de La Paz. Un thé dans une guitoune glacée. 07h30 nous sommes à l’hôtel, nous jouerons aux dés jusqu’à 10h30, heure à laquelle la chambre se libère. Nous passons à Alaya, bureau des guides pour un briefing matériel pour mes trois jours de montagne entre le 08 et le 10 août. Sieste, achats et promenades.

06/08/2005

Route puis piste pour la plus haute station de ski au monde, Chacaltaya à 5300 mètres d’altitude.



Plusieurs raisons pour cette excursion : tout d’abord par curiosité, ensuite pour les paysages qui surplombent l’altiplano, enfin pour me permettre de m’acclimater pour les jours suivants et de permettre à Anne Gaëlle de passer la barre symbolique des 5000 mètres.  Le minibus nous dépose à 5300 m, il faut une heure de marche pour accéder au sommet des pistes à 5440 m.  La station est rudimentaire, pas ou peu de neige, et un vieux câble obsolète qui fait office de remonte-pente. 

 
Nous partons, Anne Gaëlle prend peur et rebrousse chemin, sensation inconnue et effrayante pour mon petit cœur… Je sens mon cœur qui s’emballe, le souffle abdique, je suis bien en altitude, je ressens avec plaisir ce que le manque d’oxygène impose aux organismes. Je monte rapidement, du sommet, je peux observer à loisir la face du Huyana Potosi que je tenterai de gravir deux jours plus tard. Les vues sont panoramiques, La Paz et sa pollution, l’altiplano et la Cordillère Royale… Je la rejoins. Nous buvons un maté de coca, et redescendons sur La Paz.

07/08/2005

Promenades et repos, nous profitons de la dernière journée ensemble avant mon départ en montagne.

08/08/2005

09h20, le guide arrive vient me chercher, un gros baiser à ma femme et nous partons. « ne t’inquiète pas avant 20h00, le 10 août » 300 mètres de marche arrière sur la voie rapide, apparemment, il y a quelques problèmes de logistique… Je monte dans un autre 4x4, je rencontre deux français. L’un vient du Pérou à vélo, l’autre est depuis neuf mois en Amérique du Sud.   Nous arrivons vers 11h30, le Huyana Potosi s’impose à nous.
Je pense que nous allons manger un petit quelque chose… et non, je m’équipe et nous partons à 12h00 pour le sommet du Charquini ( 5350 m).  Le Charquini est une petite montagne, son intérêt est limité, le sommet est peu esthétique et peu technique, mais son ascension me permettra de parfaire mon acclimatation. Le sentier longe un précipice impressionnant puis nous gagnons le glacier. Le temps est instable, les sommets couverts, quelques flocons tombent. Vers 5100 m, je commence à souffrir, le sommet est atteint à 15h15. Le Huyana Potosi est dans les nuages,  j’espère que cela ne durera pas…


Nous redescendons, je suis mort de faim, j’ai dans le ventre les deux malheureuses tartines avalées à 08h30 ce matin !  Dans la descente, nous discutons avec Rodolphio, il ne manque pas d’humour, nous lions sympathie. Nous parvenons au refuge quasiment vide ( 4650 m ), je rencontre deux français, nous dînons puis je vais me coucher. Mon cœur me manque terriblement, première aspirine.

09/08/2005

Après une bonne nuit de dix heures, nous partons vers le camp 2, à 5250 m.


Rodolphio m’avait annoncé trois heures de marche, en deux heures nous y sommes. Je rencontre trois français croisés la veille. Le camp 2 est un amas de tentes, posées à même les rochers au pied du glacier.
Je domine toute la vallée de cette terrasse en plein ciel.



Je retrouve également les deux français rencontrés dans le 4x4 la veille, ils sont allés au sommet. Dîner à 16h30.  Je me sens bien, chaque geste trop brutal m’affecte, mais tout cela est normal. Je n’ai pas de mal de crâne, mes idées sont plutôt claires, tout cela est de bonne augure pour demain.  J’aime se sentiment : je suis avec ma petite tente, planté à 5250 m, je ne suis pas seul mais l’ambiance haute montagne me touche profondément.  Je me couche vers 18h00, étant persuadé de pouvoir trouver le sommeil. Dans la tente des français, j’entends des fous rires incontrôlables, ceux que nous avions également avec Gatien lorsque l’altitude et le manque d’oxygène réduisent les capacités mentales. Du coup, je me prends à rire tout seul…  J’écoute le vent, je pense à ma petite femme, mais je ne trouve pas le sommeil…

10/08/2005

Je m’assoupis vingt minutes, je me réveille, il est 00h23, mon réveil sonne dans sept minutes…Il fait –5°c dans la tente.  Dehors, le vent est fort, très fort même…  01h00, Je bois un thé glacé dans un univers glacial, l’obscurité est  totale, la température n’excède pas –20°c. 01h20,nous partons. Nous marchons vite, très vite, nous distançons les quelques lampes frontales qui s’étalent sur l’itinéraire. Seul un espagnol et son guide nous accompagnent. Nous parvenons assez vite au Campo Argentino ( 5450 m ), nous distinguons tout au loin la nuée que forme les lumières de El Alto quelques 1500 mètres plus bas. 5500, 5600, 5700, les sensations sont bonnes, nous passons quelques crevasses  que nous ne voyons qu’à peine, nous enjambons  ces précipices de glaces qui pour certains s’évanouissent à plus de vingt mètres dans les profondeurs du glacier.  Un passage vertical, la traversée d’un plateau glaciaire, bientôt 5800 mètres, mes forces me  quittent, elles abdiquent.  Je marche  machinalement, ne sachant pas si je pourrais atteindre la consécration. Je suis épuisé, je paie sévèrement mon manque de préparation et de condition physique.  5900 m, je m’arrête tous les vingt mètres. Une cordée nous dépasse à vive allure,je reste planté, essayant de happer au passage, les moindres molécules d’oxygène. Nous abordons enfin la dernière difficulté, je doute encore de mes aptitudes physiques à atteindre le sommet. La dernière partie est constituée par une paroi de 45° en moyenne, mais composée de pénitents, ces colonnes de glace formées par le vent, si caractéristiques des montagnes d’Amérique du sud. Ainsi, il  faut louvoyer, se faufiler, se frayer un passage, il faut également assurer ses ancrages, planter son piolet dans une glace friable, tout cela avec des passages qui parfois sont  proches de la verticale. Je suis exténué, je fais une pause tous les dix mètres.  Enfin, à 06h40, l’obscurité totale, laisse sa place à une fine ligne orange à l’horizon, le lever de soleil accompagne les derniers mètres de mon calvaire.



Il reste dix mètres, je sais désormais  que je foulerai le sommet…
06h50, je suis au sommet du Huyana Potosi à 6088 mètres d’altitude, il fait –20°c, nous avons mis 05h30, laissant derrière nous bon nombre de cordées. Je suis très fatigué, affecté même, mais très heureux de fouler mon quatrième 6000…



Les perspectives sont infinies, l’altiplano, El Alto, le Lac Titicaca… Je pense à ma puce que je vais retrouver dans quelques heures. L’horizon nous offre l’ombre la montagne, elle se dessine, grossit et s’évanouit en quelques instants.
L’instant est fort mais il se doit d’être court. Le froid mordant et le manque d’oxygène nous obligent à redescendre. Déjà d’autres alpinistes nous rejoignent, nous nous congratulons mutuellement, échanges brefs mais sincères.
Nous redescendons , découvrons au fur et à mesure, l’ampleur des espaces traversés dans l’obscurité.



Un milieu moins hostile se découvre, je devine La Paz, la bas, au fond, c’est encore très loin…
09h30, nous sommes au camp, je mange un peu, cela fait quinze heures que je n’ai rien avalé, je m’hydrate. Rodolphio me demande si je veux dormir. Non, je suis pressé de redescendre. 12h00, nous sommes au refuge, à 14h00, je suis à La Paz, mon cœur m’aperçoit du balcon de la chambre, c’est un réel moment de bonheur.  Je me douche, je mange, je dévore.  Curieusement, je ne suis pas trop fatigué.  Nous dînons dans un bon restaurant, je m’endors très vite.

11/08/2005

Le plaisir de rentrer est en demi-teinte, nous aimerions rester quelques semaines, quelques mois de plus ; découvrir l’Argentine, le Brésil… Nous passons la journée à nous promener, à flâner, à utiliser à plein régime nos cinq sens, conscients que tout cela va nous manquer.
Petit passage à Varig pour confirmer, quelques photos puis nous changeons d’hôtel pour la dernière nuit, ils n’avaient pas enregistré notre confirmation.  Nous passons dans le marché de la sorcellerie, des fœtus de lamas gisent sur les tables, côtoyant toutes sortes d’herbes, des bestioles en tous genres et les denrées alimentaires de base…


Nous faisons les sacs et nous nous endormons, conscient de passer nos ultimes instants en Amérique du sud.

12/08/2005

Nous prenons le taxi à 10h00, déjeunons à l’aéroport.
La grande baie vitrée, nous autorise un dernier coup d’œil sur El Alto et sur le sommet du Huyana Potosi, nous sommes heureux, nous sommes tristes…Nous savons également que les prochaines heures risquent d’être longues. Nous embarquons pour Santa Cruz, le décollage est impressionnant. En effet, l’oxygène et rare et l’avion à besoin de cinq kilomètres pour décoller et il peine à prendre de l’altitude, rasant pendant de longues minutes les maisons délabrées de El Alto. Nous approchons à quelques dizaines de mètres du sommet de l’Illimani ( 6400 m ), à tel point que nous y distinguons la trace des alpinistes. Curieuse sensation d’approcher avec un Boeing 737, des espaces réservés aux alpinistes. Courte escale à Santa Cruz, envol pour Sao Paolo. Courte escale à Sao Paolo, envol pour Paris.

13/08/2005

Il est 14h00, heure française, à peine 08h00, pour notre horloge biologique bolivienne, nous passons au dessus de l’Ile de Noirmoutier, où nous nous rendons trois jours plus tard. Je pense à ma famille que je vais y retrouver. 15h00, Roissy Charles De Gaulle, nous y sommes, Laurent et Damien sont là, nous, certainement encore là bas…

vendredi 27 août 2004

Iran, à coeur ouvert


Un contexte international tourmenté, un monde qui semble ne jamais avoir été autant divisé entre Islam et occident, le spectre omniprésent de cette guerre en Irak qui rassemble et meurtrit… Après avoir longtemps suivi cette actualité brûlante, nous partons avec Gatien en Iran pour gravir son point culminant, le plus haut volcan de la plaque asiatique, le Mont Damavand (5671 m).Nous nous étions préparés à ce que nous allions voir, à ceux que nous allions voir, nous n’étions pas prêts… Récit d’une immersion au Moyen Orient, dans un des pays les plus fermés du monde, où les splendeurs sont autant dans les cités que dans le cœur des gens…

31/07/2004

Décollage avec une heure de retard de Roissy, je laisse mon cœur à Paris… Décollage vers l’inconnu, décollage vers le mal-connu.

Après avoir passé les Alpes, nous survolons la Turquie, les montagnes de la Cappadoce se dévoilent, nous volons plein est, l’horizon s’enflamme, la nuit gagne du terrain, il fait nuit noire. Nous longeons la frontière Irakienne, inquiets de ce qu’ils se passe quelques centaines de kilomètres plus au sud, des centaines de puits de pétrole illuminent l’obscurité.6h30 plus tard, nous atterrissons à Dubaï, un éden luxueux au milieu de rien. Les parquets miroitent, les limousines se succèdent. Deux heures d’escale, deux heures de vol, les femmes se voilent, nous arrivons exténués à 3h45 à Téhéran.



01/08/2004

Mon gros sac à dos manque. Deux heures d’attente au bureau des réclamations, il arrivera peut-être demain, inch’allah…Nous hélons un gars qui se fait passer pour un taxi, qui semble pressé au vue de sa conduite sportive voire suicidaire dans un trafic saturé. Enfin l’hôtel, nous sommes exténués. Je me couche à 6h45. Réveil brumeux vers 13h30, encore exténués…Nous déjeunons à l’hôtel,  puis repos et premières missions internet.La coutume en Iran est de refuser trois fois avant d’accepter. Internet nous est offert, nous y retournons pour insister, il nous est offert gracieusement.15h00, j’appelle l’aéroport, aucune nouvelle du sac…
 

Nous appelons également l’ambassade pour les prévenir de notre arrivée, il nous mettent en garde contre les agressions et les faux policiers.Première escapade, nous prenons enfin la température extérieure, nous nous promenons à pied dans Téhéran par 40°c. Nous déambulons dans le Parc Laleh entre fontaines, palmiers et montagnes embrumées en toile de fond. Un Iranien nous interpelle, nous discutons un quart d’heure avec lui, premier instant, premier échange, bref mais sincère, nous allons dîner dans un petit restaurant.22h00, je rappelle l’aéroport, toujours pas de nouvelle du sac.23h20, nous sommes réveillés par le téléphone, le sac est à Téhéran

02/08/2004

Réveil à 8h00 puis taxi jusqu’à l’aéroport.Le chauffeur est sympa ; nous l’embauchons pour nous conduire à Reyneh, au pied du Damavand, à deux heures de route de la capitale.  La chaleur nous oppresse, l’air est irrespirable…

Nous nous éloignons de Téhéran, gagnons les montagnes arides et lunaires. La température est enfin supportable.


En route, Ahmed, notre chauffeur nous paye une boisson fraîche… Les bouteilles sont consignées il faut les finir avant de repartir ! Le Durgh est un breuvage local ( ! ) composé de… lait fermenté et d’eau pétillante…Je finis ma bouteille « cul sec » pour ne pas vexer Ahmed, celle de Gatien avec…Arrivés à Reyneh, un petit bourg de montagne perché à 2000 mètres d’altitude, nous tombons nez à nez avec Reza, guide, qui nous propose le coucher et le dîner. Nous lui soutirons quelques informations sur la montagne. Finalement son frère nous emmène en 4x4 à Gusfand Sara, une mosquée perchée à 3000 mètres d’altitude située en bout de piste.



Arrivés sur place, la pluie tombe, on nous propose de dormir dans un bunker où plusieurs dizaines d’Iraniens s ’entassent. Nous y prenons le thé, on nous offre le déjeuner et les discussions s’enchaînent sur la France, notre profession, nos aspirations… Instant d’une convivialité étonnante à 3000 mètres, au cœur des montagnes perdues d’Iran. Des Iraniens redescendant du sommet insistent chaleureusement pour que nous figurions sur leur photo de groupe, à grand renfort de blagues et d’éclats de rires. Les adieux sont cordiaux, amicaux. Nous montons finalement la tente au dessus de la mosquée, au milieu d’un champ d’opium. Nous n’avons toujours pas payé la taxe de 50 $ obligatoire, la taxe vient à nous. Les deux petits français dans la tente jaune sont remarqués. Nous passons une heure avec des suédois autour d’une tasse de thé, un thé entre européens dans les montagnes reculées d’Iran. Le Damavand se livre à nous, les coins de ciel bleu se livrent à nous, les nuages fuient. Nous nous couchons vers 21h00, les feux de bois illuminent la montagne pour éloigner des troupeaux, les loups et autres bêtes.

03/08/2004

Réveillés toutes les deux heures pendant la nuit, nous nous levons, confions nos sacs à Massoud, un habitant de Gusfand Sara et partons vers 8h00 pour une petite marche d’acclimatation et de reconnaissance.


3100 mètres d’altitude, Gatien ne se sent pas bien, je continue tout seul et pousse jusqu’à 3800 mètres.
Je redescends trois heures plus tard, Gatien ne va pas mieux… Je monterai donc seul au Damavand. Ni lui, ni moi n’envisageons de partir si près du but.
Partage du matériel, Gatien garde la tente, je tenterai de trouver une place dans le refuge situé vers 4100 mètres. Massoud me loue une mule.
A la descente, j’ai croisé les suédois, je vais tenter de les rattraper, je vais tenter le sommet avec eux le 5, conscient de mon retard en matière d’acclimatation. Si je trouve une place au Shelter 3 le 5 au soir, je tenterai à nouveau le sommet le 6 mais ma marge de manœuvre est plus que limitée.
Nous nous reposons tout l’après-midi, l’ambiance est étrange, je pars seul demain pour deux ou trois jours, nous nous séparons si loin de la France, dans des montagnes qui imposent l’isolement. Certains rescapés du Damavand arrivent très tard, il est 20h00, nous sommes sur le point de nous coucher. C’est sans compter la jovialité de nos amis iraniens qui insistent une fois de plus pour nous prendre en photo , pour nous laisser leur adresse, pour converser un moment sur notre pays qui leur semble si inaccessible.

04/08/2004

5h45, réveil. Je pars vers 6h15, après avoir apporté à Massoud une partie de mes affaires. Je prends le chemin qui mène au Shelter 3, je suis seul, complètement seul .3200, 3300, 3400 mètres, je rattrape trois iraniens, je les double.3800 mètres, bientôt 4000, le vent  forcit, se rafraîchit et enfin, à 4115 mètres, le refuge , perché et désespérément seul, face à une vallée aussi immense que lointaine.
Cet abri, à la forme semi cylindrique sembla avoir résisté au temps et aux intempéries. Je pousse la porte, quatre iraniens m’invitent instantanément au thé et m’offrent de quoi me restaurer.
Puis s’en suivent les inévitables questions sur ma vie en France. Ils semblent très curieux de ce monde qui leur paraît si loin et si inaccessible. Après les inévitables questions, les inévitables photos, il faut être photographié avec le français !





D’ici, la minuscule tente jaune où est resté Gatien n’est plus qu’un vulgaire petit point.

Je me sens bien, après deux heures de repos, je décide de monter pour m’acclimater. Je rattrape un groupe d‘iraniens, nous faisons un bout de chemin ensemble.. Ils n’avancent pas très vite, je reste cependant avec eux de peur de les vexer.



Finalement, après avoir inévitablement échangé nos adresses, je pousse seul jusqu’à 4600 mètres. Je me repose une petite demi-heure, en contrebas sont assis deux iraniens. Je me sens bien, mieux vaut ne pas forcer. Je décide de redescendre, je croise les deux iraniens. Il s’agit en fait d’une iranienne et de son petit ami. Elle n’est pas voilée et semble très gênée de cette situation. Après un bref signe de la tête, je passe mon chemin, pressé de retrouver le refuge.

« Faransavi ? » « C’est toi le français ? » L’accueil est triomphal, tout le monde a entendu parler du petit français. Une fois de plus, le déjeuner et le thé me sont offerts. Je ne compte plus les mains que j’ai serré, à chaque fois, même très brefs, les rapports sont sincères.

Massoud arrive avec les sacs, je lui transmets un petit mot pour Gatien.

Petit mal de crâne, je dors une heure.

S’en suivent des photos, des poignées de mains, des discussions enflammées avec des iraniens qui n’ont de cesse de m’ouvrir leurs bras et leur cœur.

Je retrouve les suédois, tente de me défaire de quelques adorables compères mais parfois collants. Je vais dîner avec eux.
20h00, la mer de nuage grignote peu à peu la vallée, elle vient lécher le point jaune où est resté Gatien quelques 1100 mètres plus bas.


Quelques photos, quelques mots, je m’allonge vers 21h00 pensant que tous vont aller dormir. Le réveil est plus que matinal demain, à 3h00, je dois être debout.
A première vue, personne n’a l’intention d’aller se coucher. Bien au contraire, les femmes sortent les réchauds, les marmites et les légumes. Le refuge est plein, une quarantaine d’iraniens trônent sur leur couchette, dissimulant difficilement la curiosité qu’ils ont pour le petit français.



Je sombre dans un demi-sommeil.

22h00, fin du repas, je vais enfin pouvoir dormir…

22h15, c’est l’heure de la prière…

Un vieux bonhomme récite, tout le refuge est tourné vers la Mecque, je feins de dormir, je n’en rate pas une miette, j’observe, j’écoute, je vis cet étrange balai.

23h00, fin de la prière, enfin un peu de repos…Non, c’est l’heure du conte. Le vieux bonhomme raconte, son public semble conquis, passionné, je le suis tout autant.

Il fait une chaleur étouffante, loi islamique oblige, je ne peux pas me dévêtir les jambes.

Je m’endors finalement écrasé de fatigue.

1h30, visiblement mes camarades ont décidé qu’il faisait trop chaud pour dormir, c’est le moment idéal pour une longue discussion collective…
Je dors finalement de 2h00 à 3h00, le réveil sonne, je suis épuisé… 
05/08/2004

3h00, juste le temps de me préparer et d’avaler une tasse de thé, je rejoins les suédois pour tenter le sommet. Nous partons à 4h00, il fait nuit noire, mes sensations sont bonnes mais je ne me fais pas trop d’illusions. Cela fait moins de trois jours que je suis sur la montagne, mes compères sont beaucoup plus acclimatés…Ils ont gravi quelques jours plus tôt, le Mont Ararat en Turquie ( 5150 m ). Je les ai prévenus, s’ils marchent trop vite, ils ne m’attendent pas. Si tout se passe bien, il nous faudra certainement plus de sept heures pour atteindre le sommet.

Le ciel s’éclaircit timidement. La mer de nuage emplit toujours la vallée, la température est acceptable et le vent absent.

La mer de nuages se disloque avec le jour, les premières lueurs apparaissent, loin, très loin derrière les montagnes d’Afghanistan, nous devinons au sud les lumières de Téhéran et l’ombre de la montagne, de notre montagne, écrase ces vallées reculées. Nous sommes à 4800 mètres d’altitude. 





Vers 5000 mètres, mes jambes sont fatiguées mais ma tête fonctionne. Je me sens bien, conscient de l’endroit où je me trouve, conscient du petit point que je représente sur cette carte du monde que je contemple tant.
Les premiers rayons du soleil effleurent ma peau, le vent glacial se lève, la température chute.
5100, 5200, 5300 mètres d’altitude, je commence à croire au sommet. L’oxygène se raréfie, chaque pas dans la neige, chaque geste me le prouve.
Vers 5400 m, les fumerolles me rappellent que nous sommes sur un volcan ; les vapeurs de soufre m’asphyxient, je n’ai plus de force, je suis vidé. L’odeur d’œuf pourri m’emplit la gorge comme pour m’empêcher d’avancer. Je concède un mètre, bientôt, dix, à mes amis suédois.
Puis 8h30, 5671 mètres d’altitude, 130 km/h de vent et par une température de –15°c, je suis en compagnie de Frederik et Tale au sommet de l’Iran, le Mont Damavand !





Je crois apercevoir la tente où Gatien doit dormir quelques 2670 mètres plus bas. Au nord la Mer Caspienne couverte de nuages, à l’est l’Afghanistan, l’horizon est infini, les pensées le sont aussi.
Nous avons mis quatre heures trente  pour monter, soit deux heures trente de moins que le temps préconisé.
Nous ne restons guère longtemps à cet endroit tant convoité. Le froid est mordant, l’altitude et ses méfaits nous invitent à redescendre.






Après une descente rapide, quelques rencontres d’iraniens terrassés par l’altitude, quelques glissades sur les longs névés, nous arrivons au Shelter 3 à 10h30 soit six heures et demi après l’avoir quitté !


Je me repose une heure, récupère mes affaires, Gatien m’attend au Camp 2 à 3000 mètres. J’y arrive à 13h30 après avoir croisé et discuté avec des dizaines de groupes iraniens en quête du sommet.





La peau de mes orteils n’est qu’un vague souvenir, elle n’existe plus. Il m’est impossible de remettre mes chaussures après les avoir ôtées.

Gatien, pendant mon absence, a fait beaucoup de rencontres d’iraniens, parfois les mêmes que ceux que j’avais croisés. Il a eu régulièrement de mes nouvelles par ce biais.

Frederik et Tale arrivent vers 19h00, nous leur offrons le thé pour fêter cette intense journée.

21h00, je m’endors, mort de fatigue, les pieds scalpés et douloureux.
 
06/08/2004

Réveil 7h30. Il fait trop chaud, journée off.

Les suédois s’en vont, nous passons la journée à nous reposer et à converser avec les iraniens de passage.
Nous négocions avec Massoud, le taxi du lendemain, il vient fumer sa clope avec nous comme chaque soir. 
07/08/2004


Mauvaise nuit, réveil 7h00, nous démontons le camp et prenons la route pour Téhéran avec Hassan, notre taxi.
Deux heures plus tard, 40 °c, les klaxons et l’air suffocant, nous sommes bien à Téhéran…
Bien qu’il ne soit pas autorisé à le faire, Hassan nous dépose à l’hôtel.
Douche, décrassage et soin des pieds, un petit tour sur Internet et un repas bien mérité dans un fast-food. 

08/08/2004
Nous rencontrons un iranien qui suspectant notre incompréhension face aux menus, nous passe la commande et déjeune avec nous.
Nous marchons plusieurs kilomètres pour nous rendre au bureau d’Iran Air, nous voulons réserver des billets pour Ispahan.
Mauvaise file d’attente et pas de passeport, aller-retour à l’hôtel.
Les vols pour Ispahan sont complets jusqu’au 12, nous réservons le vol du 12 au 14 août et l’hébergement dans la foulée mais il nous manque quelques dollars… Nouvel aller-retour à l’hôtel.
L’hôtel Koswar où nous avons passé deux nuits ( payées en France à 51 euros ) nous fait payer la troisième 100 $… Urgence, nous devons trouver moins cher ! Nous téléphonons a plusieurs hôtels, nous nous arrêtons sur l’Hôtel Shiraz, 40 $ la double petit déjeuner inclus.
Nous y réservons sans attendre la nuit du lendemain.

09/08/2004

Lever 5h45, à 7h30, après avoir déambulé dans une gare routière aussi immense que tentaculaire, nous sommes dans le bus pour Noshar.  La route est celle de Reyneh.



Lors d’une pause, un vieux bonhomme ne se retient pas de nous interpeller pour critiquer ouvertement le régime dictatorial qu’il subit avec ses compatriotes.

Nous progressons lentement sur ces routes de montagne, et, de dépassements hasardeux en freinages de dernière minute, nous arrivons quatre heures plus tard dans la plaine, où l’air est plus respirable et les sols plus verts. Nous sommes à Amol.

Nous apercevons enfin la Mer Caspienne, un vert émeraude qui contraste avec le grisâtre environnant. En effet, la route côtière n’est guère pittoresque ; la cote est en pleine expansion immobilière, le plus souvent anarchique et peu soucieuse des préoccupations environnementales.

Nous arrivons à Noshar après six heures de bus, le chauffeur nous dépose devant l’hôtel.


Première impression : excellente, une magnifique façade de lierre sur de la vieille pierre…

Impressions suivantes, plus que décevantes… Le personnel ne parle pas anglais et ne brille pas par son amabilité, il n’y a pas de serviettes de toilette ( l’hôtel n’en possède pas ! ), pas de draps dans les lits, la seule chaîne de télévision occidentale est God TV ( programmes religieux catholiques ), la douche fuit, pas d’accès Internet et notre chambre donne sur une route très passagère, le bruit est perpétuel. Ajoutons à cela qu’il n’y a rien à deux kilomètres à la ronde et que le prix de la chambre double est de 60 $ !

Nous avions entendu dire que sur la côte, les locaux étaient moins chaleureux que partout ailleurs dans le pays.

Nous dînons dans un burger restaurant, le patron est très sympathique, il a beaucoup voyagé et parle couramment anglais.
 
10/08/2004


Lever à 7h45, nous prenons un taxi pour nous rendre au Mont Mendovin, un téléphérique surplombant la Mer Caspienne.

Le chauffeur est un ancien de l’armée de l’air, il a œuvré lors de la guerre entre l’Iran et l’Irak. Très dévoué, il nous réserve les billets de retour pour le lendemain. Il semble enchanté de travailler pour des français malgré notre loi contre le voile à l’école. Il nous accompagne jusqu’à la caisse du téléphérique pour être sur que nous parvenons à bon port.

La montée est rapide, du sommet, la vue s’étend sur les collines boisées et l’immensité de la Mer Caspienne. L’air y est frais, les familles s’y promènent, nous suscitons encore et toujours la curiosité dans une région qui ne semble pas voir beaucoup de touristes.

Nous redescendons, prenons un taxi ( 100 km/h en ville, musique occidentale à fond alors qu’officiellement interdite ) et rentrons à l’hôtel.

Programme de l’après-midi : un plouf dans la Mer Caspienne.
Une plage pour les femmes, une plage pour les hommes, à 500 mètres l’une de l’autre ceinturées par des murs et des bâches.



La plage est sale et les galets plutôt inconfortables, un pédalo rouillé des années 1940 trône sur le bord.

Nous piquons néanmoins plusieurs têtes dans l’eau à 28°c. Le bain est providentiel avec cette écrasante chaleur.

Petite promenade dans Noshar, petit bourg qui n’a comme intérêt que de nous immiscer dans une petite ville iranienne qui ne voit jamais le moindre touriste occidental.
Petit restaurant, et, écrasés de fatigue, nous nous couchons à 20h00.   
11/08/2004

Longue journée en perspective….

Départ 7h00, officiellement, quatre à cinq heures de bus… sans compter les contretemps techniques…

Au bout d’une heure, le moteur fume… à l intérieur du bus. L’air est suffoquant, nous devenons bleus, verts, rouges, blancs… enfin, le bus daigne s’arrêter, les portes s’ouvrent, l’oxygène refait son apparition.

Un coup de clé à molette, nous repartons.

Une demi-heure plus tard, nous sommes de nouveau asphyxiés.

Nous sommes plantés sur le bord de la route par plus de 40°c à l’ombre.
Des bus s’arrêtent, nous montons dans un vieux bus Mercedes sans clim avec en guise de chauffeur, un pilote de course automobile. Le vieux bus est à la peine dès que la route s’élève. Nous roulons cependant à « tombeau ouvert » dans les descentes.

 
Terminus dans le nord de Téhéran, la chaleur est suffocante, elle doit avoisiner les 45°c.  Nous hélons un taxi.
15h10, nous sommes à l’hôtel, neuf heures après avoir quitté les bords de la Mer Caspienne.
Dans les couloirs, nous rencontrons trois jeunes irakiens nous nous entretenons deux heures et demi avec eux. Nous abordons le thème de l’occident mais aussi celui de la guerre en Irak ou de Georges Bush. Il sont de Karbala et ont obtenu pour la première fois l’autorisation de quitter leur pays , chose interdite sous le régime de Saddam Hussein. Échanges riches et profonds entre Islam, amour et ouverture vers l’autre.
Nous échangeons nos mails, nous nous prenons en photo, allons dîner et, morts de fatigue, allons nous coucher.

11/08/2004


Pas de réveil, réveil tardif donc…

Je vais me promener dans le bazar de Saadi. Les ruelles sont étroites et grouillantes de vie, personne ne fait attention à moi, j’ai l’impression de me fondre dans la masse, le flux.
Nous partons en début d’après-midi pour l’aéroport national, direction Ispahan.  Après quarante minutes de vol ( il faut plus de dix heures en bus ! ), nous atterrissons à Esfahan (Ispahan ), oasis au milieu du désert, ville verte, calme et sérénité, oasis où il semble bon vivre. Un taxi nous dépose à Julfa Hôtel, hôtel confortable et accueillant, au centre du quartier Arménien.


12/08/2004

Pas de réveil, réveil tardif donc…
Je vais me promener dans le bazar de Saadi. Les ruelles sont étroites et grouillantes de vie, personne ne fait attention à moi, j’ai l’impression de me fondre dans la masse, le flux.
Nous partons en début d’après-midi pour l’aéroport national, direction Ispahan.  Après quarante minutes de vol ( il faut plus de dix heures en bus ! ), nous atterrissons à Esfahan (Ispahan ), oasis au milieu du désert, ville verte, calme et sérénité, oasis où il semble bon vivre. Un taxi nous dépose à Julfa Hôtel, hôtel confortable et accueillant, au centre du quartier Arménien.

13/08/2004

Grosse journée en perspective : lever à 7h30.
Nous attaquons avec la mosquée Jameh.
Le taxi nous dépose devant l’entrée principale. Nous entrons par une artère voûtée qui nous mène après quelques dédales sous l’imposant dôme, ouvert sur une somptueuse arche, ornée de mosaïques. L’endroit est désert, l’endroit est sublime, un sublime qui nous est égoïstement réservé.
  



Le gardien nous ouvre un très petite porte, donnant sur une très petite salle sombre ; une salle de prière : quel privilège !

Nous rencontrons un iranien marié à une suisse, il nous interpelle, il ne se gène pas pour critiquer haut et fort le régime et l’oppression qu’il subit au quotidien.



Nous prenons un taxi pour la place Emam Khomeney.
Nous sommes stupéfaits. Stupéfaits par cette immense place de cent soixante mètres par cinq cent, ornée d’une infinité d’arcades, de fontaines, et sur laquelle trônent deux immenses mosquées un somptueux palais.





Nous faisons, ébahis, le tour de cette place sous une chaleur écrasante, non sans se faire accoster par quelques curieux. «  what do you think about freedom in Iran ?»…
Nous retournons à l’hôtel pour une pause fraîcheur, puis nous revenons sur cette place qui nous semble déjà familière.
Il est 13h00, nous sommes vendredi, c’est l’heure de la prière. Des milliers de musulmans écoutent un mollah virulent dont la voix se propage aux quatre coins de cette immensité.
Un iranien nous explique que ces propos attaquent directement «  l’ennemi américain » qui bombarde sans relâche Najaf situé à quelques cinq cent kilomètres plus à l’ouest.
Les hommes se relèvent, un pick-up arrive, un meneur équipé d’un mégaphone concentre, rameute ; c’est alors une procession qui devient manifestation contre la guerre Georges Bush et les États Unis. Les portraits de Khomeney s’élèvent, ainsi que les voix et les milliers de poings vengeurs.


Nous sommes là. Au milieu de cette cohésion, deux français. Nous observons, nous nous rapprochons, je sors l’appareil photo, nous prenons peu à peu conscience de ce qui se passe sous nos yeux. L’instant est fort.
Une personne se détache, s’arrête, nous dévisage, nous interpelle. Nous le devançons : « Faransavi, Faransavi ! » ( « français, français » ).  Puis deux, trois, dix , vingt et bientôt cinquante personnes. Nous sommes le centre, on nous pose des questions, on s’assure que nous ne sommes pas américains ou journalistes, on veut se rassurer sur notre opinion sur Georges Bush. On nous sourit, on veut discuter avec les français. Le stress, l’excitation, l’intensité de la situation … Le cercle grossit autour de nous, nous quittons les lieux en traversant une pelouse de peur de susciter trop d’agitation. Nous nous asseyons à l’autre extrémité de la place, regardant cette marée humaine progresser. Nous sommes, ahuris, déboussolés, sonnés par ce que nous venons de vivre. L’instant était fort, il est désormais surpuissant ! Nous en réalisons l‘intensité, nous mettrons deux heures à nous en remettre.
Nous visitons la mosquée Cheik Lofotolah. Intime et raffinée, l’endroit est propice à la méditation.




Nous allons boire un thé chez un marchand de tapis, puis retournons à l’hôtel le temps d’un milk-shake.
Retour sur la place et nous visitons la mosquée de l’Imam, plus grande mosquée d’Iran et centre de ralliement quelques heures plus tôt, lors de la prière.
Nous déambulons sous ces voûtes, ces arches, ces murs, sur lesquels les mosaïques rendent le lieu infiniment harmonieux. Nous sommes écrasés tant par la beauté que par la taille de ses dômes et minarets. Les mots sont inexistants pour décrire pareille splendeur, pareille harmonie, pareille puissance…



Nous finissons cette journée en nous promenant le long de la rivière, à la découverte des ponts aux mille arches, des ponts ancestraux, en compagnie d’un iranien rencontré.



Nous dînons et tombons écrasés de fatigue.

14/08/2004

Nous commençons la journée par une promenade dans le bazar Er Bozorg, le plus grand bazar d’Iran. Quatre kilomètres de dédales, d’échoppes, et de plafonds sculptés, travaillés, nichés. Il est 9h00, le bazar s’excite peu à peu.
Puis nous retournons sur La place, où nous visitons le palais.


Une visite guidée a lieu, réservée aux femmes… De colimaçons en colimaçons, nous parvenons à la terrasse qui nous dévoile l’ampleur de cette place Emam Khomeney, ce joyau d’architecture persane.



Nous finissons la journée sous le pont Si-o-seh où se tient, à cheval sur la rivière, un petit salon de thé. Nous en dégustons, accompagnés d’une chicha, nous savourons nos derniers moments à Ispahan.
Nous reprenons un taxi pour l’hôtel, puis prenons la direction de l’aéroport sous une chaleur atomisante.
Deux heures d’attente, quarante minutes de vol, nous sommes vers 17h00 à l’hôtel.
Gatien ne va pas très bien, nous téléphonons à l’ambassade qui nous prescrit un médecin parlant français.
Le temps de croiser deux hommes en costar armés de Kalachnikovs dans l’escalier, nous allons nous coucher.

15/08/2004


Mauvaise nuit pour Gatien, moyenne pour moi. Nous nous reposons toute la matinée. Gatien ne quittera pas la chambre de la journée. Je pars me promener dans le quartier, je trouve un kiosque, certainement le seul kiosque de Téhéran qui vend quelques vieux magasines en anglais et en allemand.
Nous dînons puis nous nous couchons.

16/08/2004


Journée off pour Gatien, je ne supporte plus de rester enfermé. Je pars donc seul au Park Laleh où je visite le Musée d’Art Moderne et le Musée du tapis. Je me promène dans le parc, une parenthèse de calme où seuls quelques retraités déambulent ou jouent aux échecs. Je passe inaperçu, je me sens apaisé, intégré, en totale sécurité.
Un taxi me conduit au musée de la photographie, il est fermé. Je rentre à l’hôtel en passant devant l’ancienne ambassade des États Unis, protégée par des murs recouverts de fresques anti-américaines. J’y « vole » quelques photos, en ayant pris soin d’enlever ma pellicule, les militaires les confisquent…
Nous déjeunons puis nous préparons pour changer d’hôtel, nous retournons au Koswar Hôtel, notre dernière nuit y était réservée.
Passé la grosse chaleur, je retourne au Park Laleh, lieu qui m’est désormais plus que familier. Ma promenade est très agréable, jouissive, je suis incognito. Personne ne me regarde, personne ne regarde, je prends l’air de celui qui sait où il va, je ne loupe rien… quelques pauses « journal » et je rentre à l’hôtel.

17/08/2004


Nous passerons la soirée à l’aéroport, nous passerons la nuit dans l’avion, une dernière excursion avec Gatien.
Nous souhaitons gagner le téléphérique de Tochal, au nord de la ville. Il s’agit d’un fantastique belvédère sur la ville. Après une heure de taxi et de bus, nous manquons la dernière montée pour une minute.
Nous devons « tuer » le temps, sous une chaleur écrasante, le taxi ne nous emmène à l’aéroport  qu’à 21h30, il est 14h00… Nous en profitons pour s’imprégner encore et encore de cette atmosphère si particulière.
Nous faisons une halte Internet dans un centre commercial, redescendons à l’hôtel, dînons et gagnons l’aéroport. 

18/08/2004

Une coupe de champagne dans l’avion ( après trois semaines de « sevrage » ) puis après une courte nuit, nous atterrissons à Roissy, heureux d’avoir vécu cette expérience que nous savons déjà inoubliable. Je regarde les cheveux des filles, je caresse les cheveux de ma femme.
  


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