Nous
filons à la cascade puis posons nos roues pour la nuit à quelques kilomètres du
centre, en bord de lac, sur le parking d’un hôtel. Nous nous réservons la
visite plus approfondie pour le lendemain.
17/07/2014
Jour: 173 km
Total: 2872 km
Réveil
tranquille, café à l’hôtel, les petits peuvent profiter des multiples
structures de jeu de l’établissement.
Nous
partons à l’assaut de la forteresse puis poursuivons notre périple.
Nous poursuivons sur la route de Sarajevo.
Travnik
est une ville étrange, dépaysante à souhait. Un mélange d’orient et d’occident,
de délabrement et de poussière.
Difficile
de se garer. Enfin une place. Une belle place sous un
panneau « interdiction de stationner ». Quatre hommes sont assis
à une dizaine de mètres.
« Français ? »
« oui »
« vous
pouvez vous garer »
Visiblement
ils se chargent de surveiller le fourgon. De surcroît, ils semblent ne pas
avoir d’autres obligations.
A
l’image de ces quatre charmants messieurs, les rues et les cafés sont peuplés
d’hommes. La présence des femmes est rare. On retrouve cette caractéristique
dans les pays du Maghreb par exemple et globalement dans les pays musulmans.
L’atmosphère est singulière, étonnante, envoûtante, intrigante dans une
certaine mesure. Géographiquement nous sommes en Europe mais l’image et le son
ne semblent pas renvoyer cette réalité. A vrai dire, ce que nous voyons ne
ressemble à rien que nous ne connaissions.
Deux
heures se sont écoulées et les gars du parking ont disparu. Je déplace donc le
fourgon.
Les
enfants ne veulent pas marcher. Un peu d’ingéniosité et de compromis et la
poussette simple se transforme en poussette double. Pour le moment, cela
fonctionne malgré les signes de fatigue de l’engin.
Montée éprouvante (pour moi) jusqu’à la forteresse qui domine les
minarets.
A notre retour, un gamin essaie par tous
les moyens d’ouvrir les portes de notre véhicule. Je le chasse, il revient à la
charge…
La
route se poursuit et nous sommes en quête d’un lieu pour dormir. Vendeurs de
CD, de DVD, de miel ou de pastèques se succèdent. La grande majorité des
habitations est délabrée, détruites ou en chantier depuis plusieurs années. Les
chiens sont errants en Bosnie., il y a en toujours un qui risque de passer sous
mes roues. Tout cela est peu engageant pour passer la nuit.
Nous
empruntons la seule autoroute bosniaque, celle qui mène à Sarajevo.
L’espoir de trouver un lieu sinon accueillant, le moins hostile possible
s’amenuise. Nous pénétrons dans la banlieue de Sarajevo. Poussière, chantiers,
vendeurs en tous genres… Il est 19h00 passées. Une, deux, trois
stations-service, un hôtel, un restaurant. Tout le monde connaît un camping à
Sarajevo et tous nous indiquent une direction différente. Pas un ne parle
anglais ou allemand et je ne parle toujours pas le bosniaque… Au péage, le
guichetier, dans un anglais impeccable nous confirme qu’il existe un camping.
Toujours tout droit.
Évidemment,
pas le moindre camping à l’horizon.
Nous
décidons de prendre la route de Mostar et de passer la nuit dans la première
station-service se présentant. Les petits ont atteint leur LPM (limite de
patience maximale). Il nous faut trouver un lieu rapidement ;
Nous
suivons la signalisation qui doit nous mener vers Mostar. Je rate un panneau et
voit s’éloigner la route convoitée. Je jure, je m’énerve et cherche un moyen de
faire demi-tour. A la prochaine intersection, s’il faut franchir la ligne
blanche ou un quelconque terre-plein, rien ne m’empêchera de parti dans le sens
inverse… Rien, sauf ce panneau où est inscrit en blanc sur fond marron
« CAMPING ». La flèche indique tout droit, je ravale aussitôt mes
envies de bifurcations.
Il
est 20h00, nous lâchons les petits sur cette immense étendue d’herbe, l’appel à
la prière résonne, on peut enfin souffler.
18/07/2014
Jour : 0 km
Total : 2872 km
Le
réceptionniste nous déconseille de prendre le fourgon pour visiter Sarajevo du
fait des risques d’effraction.
Nous
marchons donc un petit kilomètre jusqu’à la ligne de tramway n°3. Le tramway
est une antiquité délabrée. Cependant il est composé de quelques wagons roulant
sur des rails et comportant des sièges. Il s’agit donc bien, après
investigation, d’un tramway.
La
rame est vide. En trente minutes, elle se remplit progressivement frôlant
l’implosion lorsque nous descendons enfin.
Nous
nous promenons dans la vieille ville, le quartier ottoman. Encore une fois,
l’orient est proche. Nous sommes vendredi, la grande prière va avoir lieu, les
fidèles attendent l’appel du Muezzin, les odeurs de viande grillée emplissent
les ruelles et leurs fumées s’échappent au dessus des toits, les effluves de
narghilé nous surprennent ici et là...
Un
parfum envoûtant à peine atténué par les touristes peu nombreux.
Mosquées,
église, synagogue. Sarajevo, ville marquée, blessée, ville ressuscitée et ville
pour tous.
Les
enfants ne veulent pas marcher, la poussette souffre autant que mes biceps sur
les pavés disjoints. Nous leur achetons des ballons gonflés à l’hélium pour
avoir un peu de tranquillité. Dans les ruelles étroites, les passants se font
percuter par cet engin roulant équipé de deux petites montgolfières. L’un des
ballons s’envole, l’autre se dégonfle. La garantie internationale ne s’applique
pas, d’ailleurs le vendeur a disparu…
Les
bureks (chaussons à la viande) s’achètent dans la rue pour moins d’un euro. Un
délice...
C’est ici que l’archiduc François Ferdinand, héritier du trône
d’Autriche-Hongrie, s’est fait assassiné par un nationaliste serbe. Le 28 juin
1914, cet événement plongea l’Europe dans la première Guerre Mondiale.
Retour
dans un tramway moins antique mais toujours aussi bondé. Nous sommes bloqués
par une manifestation de soutien à Gaza qui, de fait, nous informe sur la
situation proche-orientale.
Le frigo
nous lâche.
19/07/2014
Jour: 163 km
Total : 3035 km
La route qui mène au lac de Boracko (Boracko Jezero) est
très étroite, sinueuse et surplombe le vide.
Cependant
la vision du plan d’eau cristalline confirme le choix du détour. Baignade et
pique-nique dans un décor idyllique.
Les paysages sont superbes et nous transportent dans l’univers bucolique
de « La vie est un miracle » d’Emir Kusturica.
Nous
arrivons sous une chaleur de plomb à Mostar où le parking hors de prix
nous servira d’abri pour la nuit.
J’aurais
payé cher pour une bière bien fraîche. Finalement, l'épicerie du coin me
l'offre pour moins d’un euro (le frigo est HS).
Mostar, avant d’être une destination touristique et
surefaite, est une cité est l’histoire riche et tourmentée. Mostar était et
reste une ville coupée en deux. Mostar est à dominante catholique et Mostar
ouest musulmane. Pendant le conflit (1992-1995), le pont ottoman, symbole
de la ville, est dynamité le 9 novembre 1993 par les forces croates afin
d’empêcher les musulmans bosniaques de prendre le contrôle de la cité.
Le
pont, classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco a été reconstruit à l’identique
avec certaines pierres d’origine en 2004.
Les
touristes affluent de la côte croate peu lointaine et l’on y paie en euros.
Hormis cette constatation, la ville est superbe et le pont, majestueux,
concentre, à juste titre, toutes les attentions. Les vestiges des conflits sont
encore visible en arrière-plan d’un centre-ville complètement rénové.
20/07/2014
Jour: 214 km Total: 3249 km
Il
fait déjà plus de 30°c dans le camion, il n’est que 8h00 du matin. La direction
est celle de la Croatie, dans le but de rejoindre au plus vite le Monténégro. 7
km d’embouteillage à la frontière. Après 30 minutes d’attente, nous n’avons pas
avancé d’un mètre. J’avais repéré une autre route sur la carte mais elle nous
imposera un large contournement. Peu importe, il fait plus de 40°c dans le
fourgon, il nous faut rouler au risque de griller sur place.
La route
pour rejoindre Trebinje est superbe. Elle traverse des paysages de garrigue
sous une chaleur accablante et le vacarme incessant des cigales.
Trebinje
est la ville la plus méridionale de Bosnie. Il y flotte un parfum particulier.
Passée la suffocation sur le parking, nous nous retrouvons sur le marché
couvrant une place ombragée et couverte de cafés. Les garçons suscitent
curiosité et amusement. Un marchand leur offre de abricots et nous faisons les
provisions en fruits el légumes. Les tomates sont énormes et laides mais quel
goût !
La
vieille ville n’a rien d’exceptionnel mais encore une fois, elle dégage une
douceur et une tranquillité appréciable.
Nous
nous installons et commandons des bureks. Le patron nous en sert une quantité astronomique
pour une somme dérisoire.
Jeiko,
bosniaque ayant vécu en France nous interpelle et entame la discussion. Il
s’interroge sur notre présence ici. « Comment et pourquoi vous
retrouvez-vous là ? ». Visiblement, les touristes ne sont pas légion
à Trebinje, il faut dire qu’excepté à Mostar et dans une moindre mesure à
Sarajevo, nous n’en avons pas rencontré en Bosnie.
Nous
quittons la ville en appréhendant la frontière croate. D’autant plus qu’il nous
faut entrer en Croatie, en ressortir puis entrer à nouveau en Bosnie pour
quelques kilomètres, en sortir, revenir en Croatie qu’il faudra quitter pour
pénétrer au Monténégro.
En
sortant de Trebinje, un panneau à gauche annonce Herzeg Novi, porte d’entrée du
Monténégro. La route est neuve, elle n’est pas inscrite sur ma carte. Le
passage de frontière se fait en trois minutes.